L'Œuvre - 25 octobre 1925


LOeuvre 1925 10 25 01 la loi de 1838 internement 01LOeuvre 1925 10 25 01 la loi de 1838 internement

APRÈS L'ÉVASION DU CAPITAINE DUMAS
Il faut reviser la loi de 1838

Depuis que l'Œuvre a la première dans toute la presse annoncé l'évasion du capitaine Hervé-Dumas de l'asile de Charenton, il règne dans les milieux intéressés et dans le public une agitation qui ne va pas sans malaise. La conscience publique se révolte contre ces attentats répétés à la liberté individuelle, provoqués on ne sait par qui, consentis d'enthousiasme par le premier examen d'un psychiâtre et couverts par l'autorité, qui n'en peut mais, puisque c'est la loi, la loi de 1838!

Dans les cas récents d'internement arbitraire que l'Œuvre a signalés, aussi bien le cas de Mlle Noémi Larcher que celui du capitaine Hervé-Dumas, la recherche du cui prodest pourrait cependant être singulièrement révélatrice. Or le crime s'accomplit en toute impunité et livre l'interné à une vie de cauchemar ininterrompu. Marqué au front par le doigt infåmant des psychiâtres, il est au ban de la société. C'est pour lui le cercle infernal où l'enferme la loi. Il va, renvoyé, comme une balle douloureuse, de l'arrêté préfectoral aux experts. N'en pourra-t-il pas sortir?


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J'essaie de discuter. Je dis à l'obligeant directeur du cabinet du préfet de police: Hervé-Dumas s'est évadé. Il est sain d'esprit. C'est un grand blessé de guerre, Laissez-le libre !

Le préfet de police n'a pas été sans s'émouvoir, me répond M. Bressot, du cas du malheureux capitaine. Il souhaitait qu'il fût libéré. Il a donc ordonné, il y a trois mois, une enquête complémentaire et l'a confiée à un haut inspecteur des services d'aliénés. La conclusion de celui-ci a été que le capitaine «devait être maintenu en traitement». Le préfet n'a donc pas pu signer l'arrêté de sortie. Il est l'esclave de la loi. La loi de 1838 !

D'où il ressort, d'abord, que les médecins psychiâtres jouissent d'un pouvoir absolu et sans contrôle. Et pourtant! Leurs rapports! Quels modèles d'incohérence et de contradiction! Ils disent:
- M. X... est fou. Certes, il ne donne pas à des profanes l'illusion qu'il est dangereux. Il l'est.
- Pourtant le docteur Z... l'affirme sain
- Les docteurs n'y entendent rien. Nul n'y entend rien hors nous. C'est nous qui sommes les docteurs psychiâtres. Donc X... est fou.
- Il paraît plein de bon sens.
- Vous voyez. C'est une preuve de folie. Il raisonne...

C'est bien cela... Un pur dément. Il faudrait souhaiter que ces experts, que la tare professionnelle obsède, fussent à leur tour soumis à l'examen de quelques sommités médicales...
Le capitaine Hervé-Dumas, lui, a liquidé sa situation d'un geste hardi et sensé. S'il vit quelques mois parmi les hommes, même en se cachant, et que, dans ce laps de temps, on n'ait rien à lui reprocher, sans doute les psychiâtres si experts fussent-ils seraient-ils obligés de battre en retraite.
Oui, mais d'ici là, pourra-t-il vivre et aura-t-il le temps de donner cette preuve de sa lucidité ? Si, par un malheureux destin, il était repris, ce grand blessé de guerre, sain d'esprit, serait-il rejeté à la géhenne? Laisserait-on faire cela, au nom d'une loi périmée et criminelle, la loi de 1838 ?

HENRI SIMONI..