La Presse - 25 octobre 1925


La Presse 1925 10 25 À l'Exposition des arts décoratif, le procès Moreau Vauthier

AUX ARTS DECORATIFS
Le Procès Moreau-Vauthier

Nouvel incident aux Arts Décoratifs où une question d'ordre artistique vient de franchir les bornes du domaine judiciaire. Il s'agit du procès Moreau-Vauthier. M. Moreau-Vauthier est, comme l'on sait, un sculpteur de grand talent dont deux œuvres «La Parisienne» et «Le Mur», dédié «aux victimes des Révolutions» et qui orne, aujourd'hui, le square du Père-Lachaise, firent grand bruit à une précédente exposition.
Cette fois, le maître du ciseau dont l'idée dominante est l'horreur de la guerre et la glorification de la paix, avait, sur les instances de la sous-commission des fêtes aux Arts Décoratifs, présidée par M. Gémier exposé au Grand-Palais (section des fêtes populaires), deux maquettes de cortèges: «Le Char de la Paix ou la Glorification du Travail» et «Les Misères et les Horreurs de la Guerre».
Dans cette dernière maquette, les grands et sanglants conquérants de l'Histoire Alexandre, César, Tamerlan, Attila, Bismarck, etc..., défilent, accompagnés des profiteurs, monarques, mercantis, fournisseurs aux armées, foulant au pied les victimes, soldats morts, blessés, mutilés, veuves, orphelins, etc...
Cette allégorie ayant provoqué des protestations de la part de certains visiteurs, qui s'y trouvaient sans doute visés, les deux maquettes furent supprimées d'office par décision du Comité des admissions.
Nous avons pu joindre ce matin, leur auteur, dans son atelier de Boulogne-sur- Seine et recueillir sa protestation.

 


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Mes deux maquettes, nous a-t-il déclaré, ont été enlevées et transportées dans un sous-sol, sans même qu'on ait daigné m'en avertir. Elles ont été de plus, abîmées dans le transport et cette suppression brutale me cause en outre, un préjudice artistique moral considérable. J'ai donc introduit une instance en dommages-intérêts contre la direction de l'Exposition des Arts Décoratifs et hier, en référé, j'ai demandé la nomination d'un expert, chargé d'examiner les maquettes et d'évaluer les dommages qu'elles ont subis. M. Théry me représentait et M. Bugnot-Coudray représentait l'Exposition. Après les avoir entendus tour à tour, le juge des référés a désigné comme expert, le maître Landowski. L'affaire suit donc normalement son cours. C'est tout ce que je puis vous dire actuellemént.»
Epérons qu'un jugement, établissant exactement les droits des artistes exposants, interviendra en faveur du sculpteur lésé.

CH. ESQUIER.
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