Paris-Soir - 25 octobre 1925


Paris soir 1925 10 25 Le point de vue de  Sirius : les urinoirs

DU POINT DE VUE DE SIRIUS
Défense de déposer des ordures !

Un père de famille m'écrit. Il me signale, avec indignation, certaines choses qui... certaines choses que... Ma foi, j'aime autant l'avouer, je me trouve fort embarrassé pour lui donner satisfaction, attendu que je suis dans l'obligation de me fourrer dans la peau d'un moraliste sévère. Et, on le croira sans peine, ce n'est pas mon rayon, pas du tout mon rayon.
Voici de quoi il s'agit. Il existe, dans la capitale, un certain nombre de petits monuments mystérieux où se donnent rendez-vous les passants sollicités par un irrésistible besoin. Vous m'avez compris. Ces édicules sont pourvus d'un confort discutable et d'une dame abbesse, généralement, qui perçoit, à la sortie, la modique somme de vingt centimes. Bon! Vous y êtes tout à fait.
Or, mon père de famille a constaté qu'à l'intérieur, les murs et les panneauxdes portes sont garnis d'inscriptions et de dessins qu'il qualifie de «dégoûtants». Evidemment, il ne veut point parler des affirmations politiques qui empruntent comme truchements, les chalets de nécessité;

retour 25 octobre 1925

pour prendre des exemples: les «Vive le Roi!», les «A bas Tartempion!» ou les «Mort à Machin (Carcel)!». Mon correspondant fait simplement allusion à certaines élucubrations érotiques qui témoignent de l'impudeur inconsciente de nos contemporains.
Naturellement, au reçu de cette lettre, je me suis empressé de pénétrer dans un de ces lieux et de déchiffrer les hieroglyphes tracés un peu partout. C'est, en effet, écœurant. C'est même inimaginable. Il y a de quoi vous soulever le cœur de dégoût.
Et, comme l'observe mon correspondant, il entre tous les jours dans ces endroits, propres à la solitude, des jeunes femmes, des jeunes filles, des enfants. Les dessins significatifs et les symboles attirent fatalement leurs regards. Les rendez-vous quémandés par des déments, avec noms et adresses, tombent sous leurs yeux. Passe encore pour nous, qui sommes blasés sur ces manifestations et nous contentons de hausser les épaules. Mais l'adulte, l'innnocent, le petit être faible qui comprend encore fort mal et dont l'imagination est happée par cette publicité spéciale ?....
Il est certain que le fait de trouver pareilles saletés, en plein Paris et en plein jour, a de quoi confondre la raison.
Il y a, cependant, un moyen d'en finir avec les fous et les stercoraires qui s'affichent ainsi. Chaque édicule a une tenancière dont le rôle consiste à assurer l'hygiène du petit endroit. Que ne l'oblige-t-on à assurer aussi l'hy- giène morale.
Je demande, d'accord avec mon correspondant, que chaque dame préposée à l'entretien des chalets en question, soit mise en demeure d'effacer, au fur et à mesure qu'elles fleurissent, les inscriptions disparates que sèment des mabouls hystériques.
Il faut épargner pareil spectacle répugnant à nos gosses..
Que les tenancières soient tenues comme responsables et ces murs de la «vie privée» demeureront immaculés.

Victor MERIC.