| Le Petit Journal Illustré -11 octobre 1925 |
ENTRE NOUS
Au moment où commence la mauvaise saison, nous avons tous vu les hirondelles se réunir en troupes compactes et, soudain, au signal mystérieux donné par quelqu'une, prendre leur vol et s'en aller, à tire d'ailes, vers le Sud.
Elles descendent, on le sait, jusqu'à la Méditerranée; elles franchissent la mer. Mais après, où vont-elles ? Où cherchent-elles, jus-qu'au printemps suivant, un hivernage propice? Sur les migrations de ces charmants oiseaux, on a beaucoup écrit et, naturellement, on a dû commettre beaucoup d'erreurs. Pourtant, si l'on veut prendre pour guide un de nos savants confrères, voici en substance, ce qu'il raconte sur le sujet qui nous occupe :
Un ornithologiste anglais réputé, M. Witherby, qu'intriguait le problème des migrations des hirondelles, s'est avisé de fixer à l'une des pattes des oiseaux qu'il pouvait saisir une bague d'aluminium portant son adresse et un numéro d'ordre. Pendant des années il continua la même expérience et opéra ainsi sur trente-deux mille sujets, chiffre considérable qui prouve sa patience. Puis il attendit les résultats de sa tentative.
Dès la première année, il obtint ce qu'il espérait. En effet, le 23 décembre de cette année-là, un habitant d'Utrecht, au Natal, c'est-à-dire dans l'Afrique du Sud, faisait savoir au savant anglais qu'il avait capturé une hirondelle portant l'une des bagues révélatrices. Grâce au numéro d'ordre, on identifia l'oiseau. Il avait été bagué le 6 mai précédent, dans le centre de l'Angleterre, où il avait bâti son nid. On se doutait bien que les hirondelles passaient l'hiver en Afrique, mais la preuve matérielle manquait jusqu'alors. On la possède, depuis 1911, date de la première expérience, grâce à l'ingéniosité et à la patience de M. Witherby, qui a ainsi inscrit son nom dans les fastes de l'ornithologie.
Utrecht en Afrique du sud
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