Paris-Soir - 25 octobre 1925


Paris soir 1925 10 25 Au bagne, la chronique de  Bernard Gervaise

Araignées du soir
Au bagne

Après M. Albert Londres, deux autres journalistes, George Le Fèvre, du Journal, et Louis Roubaud, du Quotidien, ont eu l'idée d'aller voir ce qui se passe à la Guyane. Ils en ont rapporté des témoignages concordants: le bagne n'est pas le lieu de délices que nous avaient complaisamment décrit certains auteurs pleins d'imagination.
Vraiment, nos deux confrères ont fait preuve d'un beau courage, non pas en se rendant là-bas, pour un reporter c'est une promenade, mais en racontant ensuite ce qu'ils y ont vu. Les forçats ne peuvent prétendre, naturellement, à la sympathie du public et quelles que soient les horreurs que l'on dira du bagne elles seront toujours inférieures au rêve des citoyens assoiffés de justice.
N'essayez pas de nous attendrir sur le sort des malfaiteurs, dira-t-on, ils n'ont que ce qu'ils méritent. Après tout, la société a le droit de se défendre.
Les bons citoyens ont sans doute raison, la société a le droit de se défendre et de punir ses ennemis; pourtant on aimerait qu'elle fasse cela avec plus de franchise et de loyauté et qu'il soit fait à chacun selon son droit. En vertu de quelle arithmétique sept ans de déportation deviennent-ils quatorze ans, et huit ans la perpétuité ? Et pourquoi n'avoue-t-on pas que les travaux forcés constituent seulement la peine accessoire d'une condamnation dont les effets principaux sont la faim, la bastonnade, la folie et la lèpre?

Bernard GERVAISE.


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