| Le Petit Parisien -11 octobre 1925 |
LE DRAME DE ROSNY-SOUS-BOIS
MEURTRIÈRE DE SON MARI VIEILLARD AVARE ET BRUTAL
Mme COLARD EST ACQUITTÉE
A l'âge de soixante-douze ans, bien que propriétaire de diverses maisons et d'un nombre appréciable de titres de rente, M. Colard, habitant Rosny-sous-Bois, exerçait encore le métier de veilleur de nuit à la Compagnie de Suez. Il jouissait ainsi d'un revenu de 2.000 francs par mois. Mais, dur pour lui-même, ne songeant qu'à thésauriser, il n'admettait pas qu'on pût ne pas lui ressembler.
Il tenait férocement serrés les cordons de sa bourse et, à sa femme Antoinette, pour l'entretien de leur ménage qui comprenait encore deux enfants d'un premier lit, il remettait tout juste 10 francs par jour.
«Elle est trop dépensière» notait-il dans un carnet intime, où l'on relève encore cette autre remarque au sujet des enfants : « Ils sont gourmands ! »
Pour l'amadouer, sa femme, plus jeune que lui de seize ans, avait essayé de le prendre par la douceur et les prévenances. Colard se montra très touché quand elle lui offrit un agrandissement d'une de ses photographies. Mais lorsqu'il dut payer le prix de ce cadeau qu'elle n'avait pu acquitter, ce fut une belle colère !
N'ayant plus de draps pour coucher ses enfants, Antoinette Colard avait signé une traite de 70 francs. A l'échéance, n'en ayant pu, péniblement, économiser que 40, elle supplia son mari, non pas même de lui donner, mais de lui avancer, les 30 francs qui manquaient.
Colard qui, le matin, avait remis à sa femme 100 francs pour la dizaine à venir, s'exaspéra de cette demande. «Si tu as besoin d'argent, va faire le boulevard», lui répondit-il, en fureur, et, s'armant d'une pelle, il la poursuivit à travers le jardin, en criant: « Je te tuerai ! Je te tuerai! » Antoinette Colard dut se réfugier chez son fils, habitant un pavillon contigu.
Quand elle voulut rentrer sous le toit conjugal, elle trouva la porte barricadée et dut la forcer avec une barre de fer.
Alors, saisissant cette barre et même une autre qui se trouvait à sa portée, Colard les brandit sur elle et en lança une dans sa direction. Antoinette Colard avait dans sa poche un revolver. A deux reprises, elle fit feu. Son fils, accouru au bruit des détonations, lui arracha l'arme des mains. Trop tard! Colard, atteint au eœur et au poumon, était mort.
Hier, à la cour d'assises, Antoinette Colard n'a eu que des larmes et des crises nerveuses qui ont nécessité l'intervention du médecin. A travers ses sanglots, elle a juré qu'elle n'avait pas eu l'intention de tuer et qu'elle n'avait tiré que dans l'affolement de sa vie en danger.
Qu'elle fût en état de légitime défense, M. l'avocat général Chartron ne l'a pas admis. Mais Me Henry Torrès en a persuadé le jury, qui a rendu en faveur d'Antoinette Colard un verdict d'acquittement.
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