| L'Écho de Paris - 18 octobre 1925 |
Le Jeu de M. Herriot
Grisé de mots et de lui-même, fort de son ignorance, de son cynisme et de son entêtement, M. Herriot vient d'abattre son jeu sur le tapis vert du Casino de Nice. Une seule carte, carte biseautée, mais qu'il considère et tient imposer comme la carte maîtresse à l'impôt sur le capital.
Peu lui importe que l'impôt sur le capital soit une mesure absurde, inapplicable, inopérante; peu lui importe que tous les techniciens, même parmi ses amis politiques, s'accordent à le lui démontrer. Il s'agit bien de sauver les finances! M. Herriot est uniquement préoccupé de sauver la domination du Cartel, et de se ménager à nouveau l'accès de la présidence du conseil.
En quoi consiste exactement cet impôt sur le capital? Quelles pourraient être ses modalités et ses répercussions? Il est clair que M. Herriot n'en sait rien, n'en a jamais rien su, et ne se soucie pas de le savoir.
Ou plutôt, il sait simplement, sans vouloir savoir rien d'autre, que c'est une magnifique «formule électorale», celle dans laquelle il a foi pour maintenir la majorité à ses amis, et le pouvoir à lui-même. Cela lui suffit: impôt sur le capital, la tarte à crème !
| retour 18 octobre 1925 |
La tarte est immangeable, la crème est empoisonnée ? Tarte à la crème, tarte à la crème !...
Et nous assistons à ce spectacle lamentable et bouffon de tous ces gens qui prétendent diriger les destinées de la France, et qui ne savent que répéter avec M. Herriot: Impôt sur le capital !... Tarte à la crème !
Car le parti radical, que l'on a justement appelé le parti de l'assiette au beurre, est également le parti de la «tarte à la crème». Avant la guerre, la «tarte à la crème», c'était la «guerre impossible». C'est grâce à cette formule là, que la France, en 1914, a failli se trouver désarmée devant l'agression allemande.
Vous croyez qu'une telle expérience a dégoûté nos radicaux des formules dangereuses et creuses? Périsse la France plutôt qu'une formule !
Etre élu d'abord; avoir la májorité au Parlement, d'abord être président du conseil, d'abord ! M. Herriot les assure que l'impôt sur le capital est précisément la formule magique qui permet de satisfaire ses propres ambitions et leurs appétits. La ruine de la France ne les inquiète pas plus, aujourd'hui, qu'avant 1914, le péril allemand. Impôt sur le capital !... Impôt sur le capital !... Tarte à la crème!... Tarte à la crème !...
