| Paris-Soir -11 octobre 1925 |
Araignées du soir
Le Système Gordien
Voici le petit devoir de rentrée sur lequel vont, une fois de plus, pâlir les autorités municipales : « Sachant que la surface additionnée des véhicules circulant à Paris est plus grande que la superficie totale des rues, trouver un truc permettant à ce contenu pléthorique de se mouvoir avec aisance et facilité dans ce contenant déficitaire. »
Ce problème a déjà usé trois ou quatre préfets de police, épuisés à la fleur de l'âge par la stérile recherche de vains systèmes. Tout cela ne serait certes pas arrivé à ces orgueilleux personnages s'ils avaient bien voulu m'écouter en temps utile. Toutefois, comme je n'ai pas de rancune et que je voudrais éviter à ce pauvre M. Morain le triste sort de ses dévanciers, je vais lui souffler, à lui aussi la solution, la seule, la vraie. Voyez comme elle est simple: Pour permettre aux Parisiens de circuler dans les rues de Paris, il faut supprimer radicalement les véhicules. Tout le monde à pied, telle doit être la consigne. Seules les personnes notoirement fatiguées seront autorisées à se faire pousser, du Sénat ou de l'Institut à leur domicile, dans une petite voiture individuelle. Voilà !...
Mais les gens pressés ? dira-t-on. Les gens pressés auront parfaitement le droit de courir devant. Une piste cendrée sera aménagée à leur intention au milieu de la chaussée et, aussi galettes qu'ils puissent être, il ne leur sera pas difficile d'aller plus vite que le taxi roulant actuellement sur les Boulevards.
Et les marchandises ? Les marchandises, on pourra les faire voyager en métro ou sur tapis roulants; en attendant, il leur sera interdit de se montrer sur la voie publique après neuf heures du matin, comme il est de règle dans toutes les maisons bien tenues. Enfin, si vous voulez absolument donner un nom à ma méthode, elle pourrait s'appeler le Système Gordien.
Bernard GERVAISE.
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