Le Petit Parisien -11 octobre 1925


Le Petit Parisien 1925 10 11 L'école buissonnière voit augmenter chaque jour le nombre de ses élèves par Maurice Prax

Le Petit Parisien 1925 10 11 Page 01

POUR ET CONTRE

En Seine-et-Oise, l'école qui voit augmenter chaque jour le nombre de ses élèves, c'est l'école buissonnière, L'inspecteur d'académie se désole. Il ne peut, hélas! que se désoler. Il n'a point de gendarmes pour aller chercher les écoliers défaillants. Il dénonce un mal, mais ne dispose d'aucun remède. Hélas! oui. Il ne peut que se désoler.
Et l'on s'explique très bien, du reste, que les écoles se vident. La vie est chère. La vie est dure. Dans de nombreuses familles, il faut que le papa et la maman travaillent, quittent dès l'aube le foyer pour l'usine ou le bureau. Comment surveiller les gosses? Comment les empêcher de courir par les rues et les faubourgs, dans les dangereux fourrés de la ville ?
Et l'on comprend aussi parfaitement que des parents préfèrent envoyer leurs enfants, leurs bambins, à l'atelier qu'à l'école.

Les parents voient que des enfants de quinze ans arrivent à gagner autant que des magistrats plus que des maitres-répétiteurs licenciés ès-lettres.
Ils savent qu'on offre à des bergers des situations dont beaucoup d'intellectuels peuvent rêver avec mélancolie.
Ils savent que des moutards hauts comme trois pommes deviennent millionnaires dans le cinéma en moins de temps qu'il n'en faut pour apprendre les quatre règles.
Ils constatent que l'étude, que le travail intellectuel, que la pensée ne sont pas d'un rapport fameux et ne valent ni la mécanique ni le simple « bricolage ».
Savoir lire ? oui, à la rigueur, il faut apprendre à lire. Mais à quoi bon pousser plus loin l'« éducation ». On regarde, on réfléchit. On voit des illettrés intégraux faire fortune en un clin d'œil, se prélasser dans des autos de cent mille francs, mener la grande vie. Ils ne savent rien. Mais ils ont su se débrouiller et réussir.
Alors ?...
Longtemps encore, l'inspecteur d'académie de Seine-et-Oise pourra gémir et se désoler.

Maurice PRAX.


retour 11 octobre 1925