Paris-Soir -11 octobre 1925


Paris soir 1925 10 11 les mal lotis

Il faut qu'une législation plus complète protège mieux les «mal lotis»
C'est l'opinion de M. Arthur Levasseur, haut-commissaire au Logement

C'est incroyable, mais c'est ainsi : il y a des lotissements dans le département de la Seine, dont les chemins d'accès sont dans un tel état de malpropreté que leurs habitants, vraiment «mal lotis» ne peuvent les parcourir qu'à condition de chausser, je n'exagère pas, des sabots. Comme ils se rendent chaque jour à Paris pour leur travail et que ce genre de chaussures serait peu pratique, et sans doute remarqué, dans les rues de la capitale, alors voici ce qu'ils font : chaqu matin, arrivés à la gare où ils prennent leur train, ils laissent là leur sabots pour s'en aller avec des souliers ordinaires. Et puis, chaque soir, ils les reprennent pour regagner dans la boue gluante leur logis.
Je pourrais préciser davantage. J'ai donné les noms exacts de ces centres à notre ami Bernard Lecache, qui va précisément commencer dans quelques jours, la publication d'une enquête curieuse, pittoresque et suggestive sur la situation parfois pénble des «mal lotis».
Mais ces faits qu'on connaît en haut lieu, pourquoi n'y met-on pas bon ordre ? pensez-vous immédiatement...
C'est, m'a-t-il été répondu, parce que l'état actuel de la législation laisse trop souvent les Pouvoirs publics, quelles que soient leur volonté et leur bonne volonté, dans l'impossibilité d'agir.
- «Nous sommes la plupart du temps désarmés, m'a expliqué M. Arthur Levasseur qui, avant même de devenir haut-commissaire au logement, a étudié de près ce problème d'une importance capitale. Nous le sommes parce que les lotissements, lorsqu'ils sont devenus après la guerre, d'un usage courant, n'étaient régis en fait par aucune loi précise..
La loi de 1919 a pourtant astreint les lotisseurs à aménager leurs lots suivant les règles de l'hygiène, de la voirie, de l'éclairage, etc...?
Sans doute, seulement on a oublié une chose: les sanctions pénales sans iesquelles, hélas ! il est toujours difficile d'obtenir le respect de la loi. Celles-ci ont été, il est vrai, prévues par la suite dans la loi du 19 juillet 1924, plus connue sous le nom de loi Cornudet. Mais les lois n'ont pas d'effe rétroactif. Et puis, entre temps, pas mal de lotisseurs ont disparu, leur terrain complètement vendu, ou on fait de mauvaises affaires, de sorte qu'on n'a plus de recours contre eux...
- Alors, il ne resterait plus qu'à abandonner les «mal lotis» à leur triste sort!... Cela ne peut pas être dans votre intention !...
- Certes non, me répondit M. Levasseur, d'un ton décidé. Mais le problème est complexe. Cette complexité ne saurait être pourtant un prétexte pour ne pas essayer de le résoudre ajouta-t-il, immédiatement. Tenez, Charles LUSSY...

(Voir la suite en 3 page)


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