Le Petit Journal Illustré -11 octobre 1925


Le Petit journal illustré 1925 10 11 Page six les sauveteurs en mer

Le Petit journal illustré 1925 10 11  Page sept les sauveteurs en mer -suite-

La première société de sauvetage de France vient d'atteindre son centenaire. Je veux parler de la Société Humaine, de Boulogne, qui, créée au mois de juillet 1825, fut la première œuvre organisée, non seulement en France, mais sur le continent, en vue de porter secours aux naufragés de la mer.
L'Angleterre avait donné l'exemple l'année précédente. Sur l'initiative d'un officier supérieur de l'armée britannique, le lieutenant-colonel Hillary, et d'un riche négociant, membre du Parlement, M. Thomas Wilson, un appel avait été adressé à la nation, dans le but de réunir les sommes nécessaires pour doter de bateaux de sauvetage tous les ports de la côte. L'idée fut accueillie avec la faveur et l'enthousiasme que les Anglais témoignent d'une façon générale à tout progrès intéressant la vie maritime du pays L'Association nationale et royale du Life-boat fut fondée au mois de mars 1824; elle a fêté l'an dernier son centenaire, et l'Angleterre tout entière s'est associée à la célébration d'un anniversaire qui marque la création d'une des plus belles œuvres inspirées par le dévouement, l'héroïsme et l'humaine solidarité.
Il faut rendre cette justice à nos voisins et leur en témoigner notre reconnaissance: Ce sont des membres de la colonie britannique de Boulogne qui, l'année suivante, fondèrent dans cette ville une association ayant le même but que celle d'Angleterre. Toute la ville s'empressa de se joindre à eux. La Société fut bientôt assez riche pour se procurer un canot de sauvetage. Tout le monde lui vint en aide tout le monde, sauf l'Etat... Parfaitement!... le sauvetage en mer laissait, en ce temps-là, les pouvoirs publics indifférents. Quand la Société Humaine de Boulogne demanda en septembre 1826 à l'Etat de vouloir bien la reconnaître comme «association de bienfaisance pour les secours maritimes», le ministre de l'Intérieur refusa tout net d'accorder cette autorisation, ajoutant qu'il consentait seulement à « tolérer » cette œuvre, et chargeait l'administration municipale « de la surveiller ». Voilà un ministre du bon roi Charles X qui aurait bien mérité, avouez- le, de faire naufrage en mer et d'y périr faute de secours.
La Société n'avait pas besoin, heureusement, de l'estampille officielle pour prospérer. Le gouvernement ne se décida à la reconnaître légalement que vingt et un ans plus tard, en 1846. Dans l'intervalle, elle avait rendu maints services qui décidèrent d'autres cités maritimes à créer des institutions du même genre. Dunkerque, Calais, Bayonne furent les premières à suivre l'exemple. Mais longtemps toutes ces œuvres furent sans liaison entre elles. Ce n'est qu'en 1864 que fut fondée la Société centrale de Sauvetage des Naufragés.
Mais si les associations de sauvetage maritime n'ont qu'un siècle d'existence, il n'en est pas de même du bateau de sauvetage, du life-boat, qui existait depuis longtemps déjà quand la première de ces institutions fut créée.
Son inventeur fut, non pas un marin, mais un constructeur de voitures de Londres, nommé Lionel Lukin. C'est en 1785 qu'il construisit et lança, à Bamburgh, un petit bateau de sauvetage à bord duquel il parvint, dès la première année, à sauver plusieurs vies humaines.
Cette invention, cependant, lui a été contestée. On l'attribue généralement à un autre Anglais, Harry Greathead, de Schields, mais Greathead ne fit qu'améliorer, en 1790, le modèle créé par Lukin.
En 1789, un naufrage tragique avait profondément ému l'Angleterre: le navire l'Aventure était venu s'échouer sur les côtes du Northumberland, et, sous les yeux mêmes de tous les habitants des villages voisins, impuissants à leur porter secours, les marins de l'équipage avaient été successivement enlevés par les vagues après une affreuse agonie.
A la suite de ce sinistre, un comité s'organisa et des prix furent proposés pour la construction d'un « bateau sauveur » capable de résister à la tempête.
Le projet présenté par Harry Greathead fut adopté, et son bateau mis à l'eau le 30 janvier 1790. Grâce à des compartiments à air ménagés dans les côtés, ce bateau possédait une élasticité suffisante pour se maintenir à flot par les mers les plus fortes. En outre, la grande largeur de ses « baux » ou solives de traverse, lui donnait de la stabilité. Mais il restait exposé à chavirer et à s'emplir.
L'Association nationale et royale du « Life-boat» n'eut à sa disposition, pendant un quart de siècle, que des embarcations de ce modèle imparfait.

Pourtant, dès l'année 1800, un marin des Orcades, James Bremmer, avait exposé à Leith un bateau qui possédait la faculté de se redresser de lui-même... (suite sur les pages six et sept ou le journal intégral)

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James Bremmer 


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