| Paris-Soir - 18 octobre 1925 |
Un grand pas vers la paix
Les débats du Congrès de Nice ont, certes, une importance considérable et nous comprenons parfaitement qu'ils retiennent l'attention de tous les partis. Ils sont appelés à exercer une influence décisive sur la politique française. Mais les décisions que vient de prendre la Conférence de Locarno méritent davantage encore l'attention de notre opinion publique et de l'opinion universelle.
La plus audacieuse tentative de paix réelle qu'on ait osée depuis l'armistice aboutit, contre toute attente, à des résultats pratiques dont l'Europe entière ressentira la bienfaisance. L'Allemagne adhère au pacte de sécurité. Elle accepte de conclure avec la France et la Belgique des traités d'arbitrage. Elle entre dans la Société des Nations.
M. Painlevé a qualifié d'historique la journée d'avant-hier. L'expression n'est pas trop forte. Pour la première fois, dans le chaos des haines et, selon le mot admirable de Jaurès, «dans l'épais fourré où rôdent les bêtes de proie», une large clairière de paix semble ouverte.
Ce n'est point la fin des guerres. L'humanité, hélas ! monte à petits pas hésitants vers les sommets. Pour qu'elle soit à l'abri des retours offensifs de la barbarie ancestrale, il lui faut fonder sur la justice, dans un ordre social harmonique et fraternel, des rapports de droit nouveaux entre les individus et entre les peuples.
Nous n'en sommes pas là; mais c'est beaucoup déjà que la France et l'Allemagne s'engagent solennellement à régler par l'arbitrage tous les conflits qui pourraient les opposer l'une à l'autre, dans l'avenir. La France et l'Allemagne ! A sept ans de l'effroyable drame qui coucha des millions de jeunes gens dans la boue sanglante des tranchées! Quelle magnifique revanche de la force de l'idée sur l'idée de force !
Et quelle leçon d'optimisme ! Ce n'est point la fin des guerres, répétons-le; mais c'est tout de même le commencement de la vraie paix.
Rendons hommage aux bons ouvriers de cette œuvre pleine de promesses. M. Aristide Briand poursuit, avec la plus heureuse persévérance et la plus rare habileté, l'effort qu'il avait entrepris à Cannes. Son but est d'organiser, par une série de pactes, les Etats-Unis d'Europe; il ne l'a pas atteint d'un coup, mais il nous en rapproche peu à peu. Il enregistre aujourd'hui un grand succès.
Nous serions de médiocres politiciens si, aveuglés par l'esprit de parti, nous ne nous arrêtions pas pour saluer avec joie cette victoire de la sagesse et du bon sens.
L.-O. FROSSARD.
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