Le Petit Parisien - 25 octobre 1925


Le Petit Parisien 1925 10 25  le titre du vin en alcool  la  chronique de Maurice Prax

POUR ET CONTRE

Je pose cette petite question : pour défendre les pauvres intérêts du très pauvre consommateur, n'y avait-il pas de mesure plus urgente à prendre que tel décret du 15 août 1925 qui oblige tous les marchands de vin et liquoristes à transformer tous fûts, toutes bouteilles, tous litres... en vulgaires thermomètres?...
Je m'explique. Depuis le 15 août dernier, tous les négociants en vins et liqueurs sont astreints, sous peines sévères, à indiquer le degré alcoolique exact, absolu, de «tout liquide» mis en vente...
Et puis après ? La moindre erreur, la moindre omission peut entraîner des poursuites correctionnelles et peut jeter le coupable sur la paille humide des cachots.
Et puis après ?... On se demande, en vérité, ce que le consommateur, qui a tant besoin d'être vigoureusement et utilement défendu, peut gagner à cette chinoiserie ! Que veut le consommateur qui achète du vin ? Il veut, seulement, avoir, et à prix raisonnable, du bon vin, du vin loyal et franc, du vin fait avec du raisin et avec le soleil qui a mûri le raisin...


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Il n'a pas d'autre ambition... Qu'est-ce que ça peut bien lui faire qu'il y ait, en outre, sur sa bouteille, comme sur un flacon d'eau de Cologne, un petit papillon indiquant que le pinard pèse 10°5, ou 11 ?... Si! ça peut lui faire quelque chose : ça peut le dégoûter un peu ! Ça peut rompre le charme du bon vin, assimilé à un produit pharmaceutique...
Et les grands crus, les crus les plus fameux du Bordelais ou de Bourgogne doivent subir cette injure thermométrique !... Pour moi, je l'avoue humblement, c'est un comble... Coller sur une noble bouteille de Clos-Vougeot ou de Château-Laffitte un petit rond de papier donnant le degré exact du «liquide» pour employer le mot barbare de l'administration... c'est une dérision et une indécence : c'est presque du vandalisme...
Goûtez-moi, mon cher, ce Mouton-Rothschild?... C'est «du dix degrés cinq»!...
Non, mais vraiment, imagine-t-on pareille misère ?... Ce serait à ne plus boire que de l'eau l'eau n'ayant pas encore, au moins, de «degré» alcoolique...
Et, bien entendu, si ce décret folâtre est maintenu, c'est le consommateur qui trinquera une fois de plus... Ce décret rigoureux et baroque va entraîner, en effet, des charges nouvelles et vaines pour les commerçants, va leur coûter un temps précieux qui sera perdu pour tout le monde. A charges nouvelles, hausse de prix... Ce sera tant pis pour le consommateur !... Nous ne tenons pas du tout, que l'administration le sache, à boire «du neuf degrés» ou «du onze degrés sept...» Nous tenons à boire tranquillement du vin pur...

Maurice PRAX