Paris-Soir - 06 octobre 1925


Paris soir 1925 01 06 05 Les concerts :Que les jeunes compositeurs, soient justement considérés

Les grands concerts

Notre épreuve s'agrandit. Puisse notre espoir faire de même ! Et la Musique sera bien servie, pour peu que les jeunes compositeurs, en qui son avenir se forme, soient justement considérés par nos directeurs de concerts. Ceux-ci qui tel M. Paul Paray, chef d'orchestre des Concerts Lamoureux ne nous appelaient, pendant la saison qui s'étend du mélancolique octobre au joli mai, qu'à un concert par semaine, ont pris le parti de doubler hebdomadairement notre audience. Il n'était, chez eux, de musique que le dimanche. Chaque samedi, désormais, les verra de service... Nous aussi !...
Bravo! Bravo, si, comme je le veux croire, ce surcroît de concerts aide ceux-ci à se révéler, ceux-ci à se confirmer, des musiciens qui ont les meilleures raisons du monde pour ne pas se résigner à toujours attendre sous l'ombre divine, certes, mais non moins humaine, des Bach, des Mozart, des Beethoven, des Wagner, des Moussorgsky, des Fauré, des Debussy, des Dukas, des Ravel, des Florent-Schmitt, des Stravinsky, des Roussel...
La Musique qui, par son infini même, est la plus vivante des délivrances, la Musique, qui sera la langue internationale de la paix, quand elle aura fait prospérer dans les esprits autant que dans les cœurs la paix profonde, haute, nuancée, rassérénée, innombrable, qu'elle porte avec elle, se doit plus qu'aucun art, peut-être, d'ouvrir l'homme à l'avenir.
Elle n'accepterait point d'avoir ses parias ceux-ci étant les compositeurs qui la renouvellent par leur sensibilité et par leur art. Et c'est remplir, je crois, le vœu des maîtres triomphants, et triomphants parfois malgré eux, jusqu'à l'oppression, que de ne pas les ériger, comme le font trop souvent nos directeurs de concerts, contre la musique et contre les musiciens qui viennent. J'imagine qu'on eût désespéré Beethoven, qui fut par la musique Prométhée lui- même, si on était venu lui dire : «Votre œuvré sera si grande, et si chère au coeur des hommes, qu'elle empêchera de passer beaucoup de musiciens qui vont s'efforcer après vous.» Un tel maître, véritable Messie de la musique, n'a pas semé afin que la moisson se bornât à son œuvre... Et ce qui est vrai pour Beethoven ne l'est pas moins pour les maîtres que l'on peut approcher de lui, ou qu'on lui peut égaler... Il n'a créé, et si universellement créé, que pour nourrir d'une nouvelle flamme le flambeau qui lui était remis et pour transmettre celui-ci à ceux qui le suivent dans la carrière.
A quoi rime ce galimatias, ce pathos, direz-vous ? A souhaiter que les nouveaux concerts auxquels nous allons être conviés soient autant de prétextes à la révélation d'auteurs et d'oeuvres nouveaux, et qu'ils ne soient pas remplis par l'exécution des symphonies de Beethoven « dans leur ordre chronologique, et par une révue, lucrative autant que superflue, des chefs-d'œuvre. dont on dit «qu'ils font recette »...

Aujourd'hui : Plus de 34 000 auteurs, artistes unis pour défendre leurs droits face à l’IA

Ne laissons pas l’IA générative tuer la création musicale


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