| La Justice -11 octobre 1925 |
L'agriculture et le papier. La chasse est ouverte, soyez prudents. Pigeons voyageurs. Sel dénaturé
On nous a, dans l'enseignement général, montré d'une façon éloquente que, sans l'Agriculture, l'Humanité serait vite réduite à mourir. Cela apparaît de plus en plus indiscutable.
Tenez, la question du papier, du papier à journal en particulier, est plus qu'on ne le croit contingentée par l'agriculture, et surtout l'arboriculture.
Car tout le monde le sait maintenant : la pâte à papier que nous devons payer des prix exorbitants aux pays du Nord a pour base les sapins. Nos arbres sont insuffisants en France pour satisfaire à la consommation des quotidiens. C'est pourquoi nous revenons toujours sur cette question du déboisement et que nous demandons à nos amis des conseils généraux d'obtenir que tout arrachage ou abattage d'un arbre soit compensée par la replantation de deux jeunes plants.
MM. A. Bailly et G. Garnier nous ont promis de renouveler au conseil général de l'Orne le vœu de voir cette réglementation strictement appliquée. Nous voudrions que dans tous les conseils généraux le vœu soit repris: il s'agit à la fois de l'intérêt intellectuel et de la situation économique de notre pays.
Nous savons bien que nombre d'esprits très éclairés qui connaissent les ressources de la terre ont demandé que nous fassions nous-mêmes les pâtes à papier utiles. C'est ainsi que tous les matins, aux Halles centrales, il y a comme détritus de verdure la matière première de plusieurs tonnes de pâte. Mieux genêts, orties, ajoncs, brindilles d'arbres et une cinquantaine d'autres végétaux, dont la paille, permettraient d'obtenir les éléments d'un excellent papier qui coûterait bien meilleur marché et qui éviterait l'exportation de capitaux importants, exportation numéraire qui n'aide guère à relever le franc.
L'alpha, que nous avons en quantité en Algérie et en Tunisie et aussi un peu au Maroc, est depuis de longues années ramassé par les Anglais. On sait quel excellent papier l'industrie en tire. Il s'agirait de le récolter et employer nous-mêmes, au lieu d'acheter la pâte aux Britanniques, L'agriculture française devrait nous donner, par les arbres, les arbustes, les plantes et les vieux chiffons de lin et de chanvre, les éléments de papiers supérieurs. Pourquoi ne le fait-on pas ? Est-ce un manque d'initiative du gouvernement? A-t-on peur de se mettre à dos les importateurs ? M. le ministre Jean Durand pourrait, en cette circonstance, faire beaucoup. Voilà besogne ministérielle.
La chasse est ouverte.
Depuis trois jours, la fusillade a commencé dans les départements privilégiés. On nous écrit que le perdreau ne sera pas en abondance. Il y a encore de vieilles perdrix de l'an dernier ; mais les nombreux couverts nous réserveront peut-être d'heureuses surprises.
Quant aux lièvres et aux lapins, on nous dit que leur nombre sera encourageant pour les bons tireurs.
C'est le moment de rappeler à tous les nemrods que la prudence est la qualité la plus indispensable à la chasse. Avoir un mauvais chien, tirer mal, ce sont petits inconvénients. On fait de l'exercice, car la marche dans les terres et les chaumes est une bonne gymnastique. Mais ne pas désarmer son fusil alors qu'on ne chasse pas, alors qu'on veut passer des haies ou sauter un fossé, c'est de la suprême négligence, dangereuse trop souvent.
(suite dans l'intégral)
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