| Paris-Soir - 06 octobre 1925 |
DU POINT DE VUE DE SIRIUS
Hypothèses
- Supposez, m'a-t-on dit, qu'en l'an de grâce 1918, alors que les Allemands étaient toujours à Noyon et qu'une deuxième ruée sur la capitale Nach Paris! nous menaçait formidablement, supposez donc que les Américains aient décidé d'attendre encore un peu. Car il ne faut pas oublier qu'il y avait près de quatre ans qu'ils attendaient, quatre ans de massacres, de sacrifices, de dépenses, de saignée en hommes et en argent. Ayant pris cette résolution héroïque, les Américains restent chez eux. Que se passe- t-il ?
- Il se passe probablement que les Allemands se lancent sur Paris.
- Bon. Vous y êtes. Le gouvernement refile vers Bordeaux. Mais, comme l'Histoire ne se répète pas inlassablement; comme, d'autre part, nous sommes parvenus aux limites de l'épuisement, l'ennemi aborde aux portes de Paris. Nous sommes vaincus, atrocement vaincus. Que se passe-t-il ?
- Euh! Il se passe, que les vainqueurs nous imposent leur loi.
- Pas tout de suite. La lutte continue. Paris pris, on se bat sur les bords de la Loire. On organise la résistance en province. Mais les armées ennemies continuent leur route, triomphalement. Les voilà aux portes de Lyon. Que se passe-t-il ?
- Bigre. Il se passe que rien ne va plus.
- Evidemment. Mais on résiste quand même. L'Allemand prend Lyon, envahit la vallée du Rhône. Le voici à Marseille. Que se passe-t-il ?
- Pécaire ! Il se passe qu'à Marseille, on les fout dans le port.
- Vous voulez rire. L'Allemand s'empare de la Cannebière. Gassier est prisonnier. La France demande grâce. Alors, à ce moment, savez-vous ce qui se passe ?
- Euh! Je ne le vois que trop.
- Eh bien ! Les Américains arrivent. Enfin ! Ils débarquent par légions. Ils se précipitent dans la bagarre. Trop tard. La France est vaincue. Il n'y a plus de France. Et, du coup, l'Amérique a perdu la partie ?
- Mais à quoi riment ces hypothèses ?
- A ceci : que les Américains sont encore plus forts qu'on le dit. Ils ont attendu juste ce qu'il fallait. Ils sont arrivés au moment psychologique, quand on avait besoin de leurs stocks, de leurs dollars. Et cette histoire peut se résumer ainsi : Deux hommes se battent. L'un est à terre, sous le genou du plus fort. Déjà, il voit luire sur son front la lame d'un surin. A cette minute passe un monsieur rasé, monoclé, très correct, qui lui tient ce langage «Mon pauvre vieux, vous êtes fichu. Seul, je peux vous tirer d'embarras. Tenez, j'ai là un gentil petit browning avec lequel vous vous débarrasserez aisément de votre adversaire. Je vais le glisser dans votre main droite. Seulement vous allez vous engager à me le payer, et à me le payer très cher, le plus cher possible. Qu'en pensez- vous ?» Naturellement, l'infortunée victime promet tout ce qu'on veut. La voilà sauvée. Mais elle a à peine repris son souffle que le monsieur au browning lui retourne les poches...
- Vous exagérez... Si les Américains n'étaient pas venus, nous serions colonie allemande.
- Oui, mais les Américains sont venus. Et nous sommes en train de devenir colonie américaine.
Victor MERIC.
Les Etats-Unis d'Amérique ont-ils colonisé la France :
1500 entreprises françaises ont-elles été "avalées par le capital américain" en dix ans ?
Entreprises stratégiques françaises vendues à des concurrents étrangers depuis 15 ans
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