Le Journal des Débats - 18 octobre 1925


Journal des débats 1925 10 18 La conférence de Locarno, le communiqué officiel

Signature des accords
Le communiqué officiel

A l'issue de la séance plénière d'hier après-midi, dernière réunion officielle de la conférence, le communiqué suivant a été publié :
La conférence, réunie pour la dernière fois en séance plénière le 16 octobre après-midi, a d'abord approuvé le texte des traités d'arbitrage entre l'Allemagne et la Pologne et entre l'Allemagne et la Tchecoslovaquie. Il a été procédé alors à l'examen et à l'adoption du texte du protocole final ᏚᎲᎢ . les travaux de la conférence de Locarno, sur les buts qu'elle s'était assignés, sur les résultats auxquels elle a abouts et sur les conséquences qui doivent en résulter pour le raffermissement de la paix et de la sécurité en Europe. Les traités et conventions élaborés par cette conférence et qui, paraphés «ne varietur» à Locarno, porteront la date de ce jour, sont les suivants :

- Traité entre l'Allemagne, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie
- Convention d'arbitrage entre l'Allemagne et la Belgique ;
- Convention d'arbitrage entre l'Allemagne et la France;
- Convention d'arbitrage entre l'Allemagne el la Pologne:
- Traité d'arbitrage entre l'Allemagne et la Tchécoslovaquie.

Le ministre des affaires étrangères de France a, d'autre part, informé la conférence de la conclusion entre la France, la Pologne et la Tchécoslovaquie d'accords tendant à s'assurer le bénéfice des traités d'arbitrage susmentionnés, accords qui seront régulièrement déposés à la Société des nations et dont copie est dès maintenant tenue à la disposition des puissances représentées à la Conférence.


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La date du 1er décembre 1925 a été arrêtée pour la formalité de la signature des accords intervenus et paraphés à Locarno. Il sera procédé à Londres à l'échange des signatures. La publication de ces accords aura lieu le mardi 20 octobre au matin.
Avant de clore ses travaux, la conférence a tenu à adresser au président de la Confédération helvétique et aux membres du Conseil fédéral un télégramme de chaleureux remerciements pour l'hospitalité qui lui a été réservée. en Suisse.
Le syndic de Locarno, M. Rusca, a alors été introduit dans la salle des conférences, où M. Chamberlain, au nom de tous les représentants étrangers, lui a renouvelé l'expression des sentiments de gratitude des délégations pour l'accueil qu'elles ont rencontré et les facilités dont elles ont bénéficié dans la ville de Locarno.
La séance a alors été interrompue pour permettre aux secrétariats des délégations d'achever la préparation matérielle des instruments diplomatiques soumis à la signature des gouvernements intéressés.
Les traités et conventions de Locarno ont été paraphés à 7 heures du soir.
Avant la clôture de la séance, des discours ont été prononcés par MM. Stresemann, Briand, Chamberlain, Vandervelde et Mussolini.

Autour de la séance
On ne s'attendait pas à voir la Conférence terminer ses travaux hier soir. Cependant, les derniers pourparlers avancèrent avec rapidité et, d'heure en heure, on enregistrait les symptômes heureux d'une fin imminente. On apprenait successivement que l'accès de mauvaise humeur qui s'était manifesté la nuit précédente dans les milieux allemands s'était apaisé, que les Polonais, les Tchécoslovaques et les Allemands étaient tombés finalement d'accord sur une formule unique d'arbitrage général dans le cadre des traités existants; que, dans ces conditions, rien ne s'opposait plus à la réunion d'une séance plénière, laquelle, après avoir enregistré ces accords, procéderait à la cérémonie des paraphes.
Bien avant l'heure fixée pour la séance, une foule de curieux se pressait aux abords de la salle des séances.
La première partie de la réunion devait être très courte. Au bout d'une demi-heure, on vint prévenir Mme Chamberlain, qui attendait son mari assise devant la porte, parmi les journalistes.
Les dernières conventions germano-polonaise et germano-tchèque venaient d'être adoptées sans le moindre débat.
Dès lors, il n'y avait aucune raison pour retarder d'un jour l'heure des signatures.
La Conférence décidait alors d'interrompre sa séance jusqu'à 18 h, 30, cependant qu'on allait inviter le syndic de Locarno, M. Rusca, à assister à la séance finale de la Conférence. Les photographes furent admis une dernière fois à prendre une ultime vue de la Conférence, puis on se sépara pendant un moment.
Dans la rue, le public, mis en joie par l'annonce des bonnes nouvelles, applaudissait à tout rompre les heureux négociateurs au fur et à mesure qu'ils apparaissaient au haut de l'escalier, la population s'empressait à décorer les maisons de fleurs et de motifs lumineux, afin de fêter aussi dignement que possible l'oeuvre de paix à laquelle Locarno devait donner naissance..
A 18 h. 30, les délégués étaient de retour pour la phase finale de la Conférence, celle des signatures.
En tenue de ville, chacun des délégués se hâtait vers la salle des séances, au premier étage du Palais de justice, brillamment éclairé. M. Mussolini, toujours encadré par une importante escorte, descendait d'automobile, répondait aux coups de chapeau par un bref salut militaire et disparaissait à son tour. Quelques minutes après, Sir Cecil Hurst, le juriste anglais qui, avec M. Fromageot, a été l'un des principaux artisans du pacte, arrivait, portant dans ses bras les documents qui allaient être paraphés. Puis le silence se fit, et, pendant une heure qui parut longue aux spectateurs du dehors, on attendit la grande nouvelle officielle. Tout à coup, à 7 h. 25, on perçut du dehors des applaudissements qui provenaient de la salle des séances. La foule alors, par un réflexe, éclata elle-même en bravos. A ce moment, les fenêtres derrière lesquelles venait de se passer un acte si important, s'ouvrirent et l'on vit à l'une d'elles apparaître M. Skrzynski, ministre des affaires étrangères de Pologne. Dans l'encadrement d'une fenêtre voisine, M. Aristide Briand parut à son tour, une cigarette aux lèvres, l'air épanoui. Il avait à ses côtés le chancelier du Reich, M. Luther, et, derrière lui, la large carrure de M. Stresemann. De la rue, les cris redoublèrent et les applaudissements, les manifestations de joie de la foule ne devaient cesser que lorsque la dernière voiture de la dernière délégation eut disparu...