L'Œuvre - 08 octobre 1925


LOeuvre 1925 10 08 01 03 les fascistes en Italiel

SOUS LA DICTATURE DE M. MUSSOLINI
LES FASCISTES AVAIENT ORGANISÉ le carnage de Florence

Nous avons relaté hier les violences auxquelles se sont livrés les fascistes à Florence. Un correspondant particulier nous fait tenir les détails suivants :
Rome, 7 octobre. La presse italienne a été contrainte au plus rigoureux silence sur les attentats dont Florence a été le théâtre.
Depuis le 25 septembre, jusqu'au 29, on avait organisé dans Florence la chasse aux francs-maçons. Plusieurs de ceux-ci furent obligés de s'éloigner de la ville à cause des menaces lancées par le journal Le Battaglie Fasciste « aux personnes et aux biens ». Plus de cinquante personnes furent bâtonnées jusqu'au sang. Plusieurs magasins de présumés francs-maçons ou socialistes furent dévastés. Plusieurs breaux d'avocats furent saccagés ou radicalement détruits.
Samedi soir, se produisirent les événements que l'Œuvre a signalés hier.
Après que le fasciste Luporini eut été tué, le mot d'ordre des représailles fut donné. Becciolini, découvert dans une cachette, fut traîné dans la rue et tué à coups de revolver. Le mobilier de sa maison fut incendié et l'incendie se propagea à tout l'édifice. Les pompiers furent repoussés par des fascites, revolver en main.
Les autorités politiques laissèrent les fascistes libres d'agir.
Il est impossible encore de donner un compte rendu exact de toutes les destructions commises et de citer toutes les personnes frappées. Un très grand nombre de magasins furent saccagés, ce qui ne se serait pas produit si la police n'avait été empêchée par ses chefs de faire son devoir. Des bandits profitaient de l'anarchie générale pour faire leurs propres affaires.

On dévasta aussi nombre de bureaux d'avocats, présumés francs-maçons opposés au gouvernement fasciste. On frappa indifféremment des libéraux, comme les avocats Corazzini et Campodonico, des démocrates comme les avocats Citi Bosi, Nocentini, des républicains comme M. Carrera, grand mutilé de guerre, d'anciens combattants comme l'avocat Villella. En outre on détruisit plusieurs habitations par exemple celle de l'ancien député-avocat Targetti et celle du député Gino Baldesi. De la maison Baldesi les assaillants se rendirent à l'habitation voisine de l'ancien député socialiste Pilati, mutilé d'un bras. Ne pouvant abattre la porte, ils montèrent sur le toit, le découvrirent, pénétrèrent dans la maison, frappèrent de trois coups de revolver Pilati et le jetèrent par la fenêtre.
M. Pilati vient de succomber à ses blessures.
Une autre bande se rendit à l'habitation de l'avocat Consolo, socialiste, et, ayant réussi à pénétrer dans sa chambre à coucher, ils l'assassinèrent à coups de revolver en présence de sa femme. Les fascistes se rendirent à l'habitation de l'ancien député, professeur Pieraccini, en lui intimant d'ouvrir sa porte. A son refus ils tirèrent plusieurs coups de revolver dans la porte même.

Dans la même soirée, les fascistes obligèrent les théâtres à fermer. Au théâtre de la Pergola, des Anglais se permirent de protester. Ils furent roués de coups; l'un d'eux dut se rendre à l'hôpital.
Enfin, le 5 octobre, ordre fut donné par le député Farinacci, secrétaire général du Parti fasciste, de mettre fin aux représailles.
Le bilan de ce sanglant carnage est jusqu'à présent de sept morts et de nombreux blessés.


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