| Le Petit Journal Illustré - 18 octobre 1925 |
ENTRE NOUS
Il n'est pas mauvais de rappeler, pour la joyeuseté originale du fait un petit événement que les journaux américains ont rapporté ces temps derniers. Donc, un certain M. Otto Shaler, ayant vu sa femme demander contre lui le divorce, fut condamné par le juge à donner à la requérante la moitié de sa fortune et de ses biens mobiliers.
Jusqu'à présent, rien d'extraordinaire. Mais notre homme, étant Américain, n'exécuta pas le jugement comme on pouvait s'y attendre. Il se mit à scier soigneusement en deux parties égales tous les objets qu'il devait partager avec sa femme le piano, les tables, les chaises, les tableaux, les tapis, les tentures, jusqu aux menus ustensiles d'intérieur, comme les brosses à cirage et les casseroles. Puis il chargea un camionneur de porter à l'ex-Mme Shaler ces moitiés de tout.
Celle-ci, comme on l'imagine, ne trouva pas la plaisanterie de son goût. Elle assigna son ancien mari devant le juge qui les avait séparés. Or, à l'ébahissement de tous, ce juge qui, bien entendu, était Américain lui aussi, débouta la demanderesse, sous prétexte que M. Shaler avait exécuté à la lettre les termes du jugement. Et l'on a osé appeler cela un jugement digne de Salomon !
Un jugement qui rappelle plutôt celui du grand sage d'Israël est celui qui a été rendu dit-on, par un juge de Turquie devant lequel plaidaient deux hommes se refusant également à reconnaître comme belle-mère une vieille femme dans le besoin. La question était très embrouillée. Pas d'acte d'état civil pour départager les plaideurs. D'autre part, les deux hommes étaient veufs donc impossible d'avoir le témoignage le plus sûr, celui de la femme.
Que fit le bon Turc ? Comme Salomon ; il décida que la vieille femme serait coupée en deux et partagée entre les deux gendres supposés.
- Soit! fit le premier.
- Non, dit l'autre, ce serait trop horrible!
Le juge n'en entendit pas davantage. Son opinion était faite. Il attribua la belle-mère tout entière au premier.
Après tout, cette nouvelle qui nous vient de l'Afrique du Sud est tout aussi vraisemblable que d'autres, publiées par les journaux américains et dont les Français ont l'amabilité de s'ébahir. A beau mentir, la dépêche qui vient de loin !
Donc, un chercheur d'or avait établi sa tente en plein bled et y vivait paisiblement en compagnie de sa femme, chargée des soins du ménage. Or, une nuit qu'il faisait très chaud, la jeune femme, ne pouvant dormir, sortit doucement de la tente et fit quelques pas aux alentours. Elle respirait l'air tiède de la nuit quand surgit tout à coup un lion de forte taille qui se jeta sur elle et la renversa.
Presque morte de frayeur, elle allait se laisser déchiqueter par le fauve. Mais, à ce moment, elle se souvint avoir entendu dire que la voix humaine domptait parfois les bêtes les plus féroces. Exaltée alors par un sursaut de courage, elle se mit à chanter un air doux et triste, puis un autre, puis un autre encore, sans s'arrêter, tandis que le lion, surpris tout d'abord, puis réellement charmé par cette voix inattendue, l'écoutait, sans bouger, une patte sur la poitrine de la chanteuse.
Cependant, attiré par ce bruit insolite, le mari apparut, une carabine à la main. Il vit le danger couru par sa femme et n'hésita pas. II tira heureusement avec une adresse rare et tua le lion d'une balle en plein front. Avouez que renouveler à la fois l'exploit d'Orphée et celui de Guillaume Tell, c'est, si la chose est vraie, un double succès peu banal.
L'INDISCRET
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