| Paris-Soir - 01 novembre 1925 |
Araignées du soir
Le chemin de Damas
On lit dans la Chicago Tribune, dans le Daily Telegraph et dans la plupart des journaux américains et anglais :
«Commencé sans avertissement le dimanche 18 octobre, le bombardement de Damas par les troupes françaises a continué jusqu'au mardi à midi. La ville a subi des dégâts très importants, de nombreux incendies se sont allumés. Le chiffre des victimes qui ont péri dans les flammes ou sous les décombres des maisons effondrées est très élevé.»
Et voilà! On exerce avec intransigeance le métier dérisoire de censeur quotidien; on tranche, on juge, on pérore du haut de sa petite tribune; on distribue à chacun l'éloge et le blâme, surtout le blâme; on a raillé sans pitié (ah ! mais !..) la dureté de l'Oncle Sam, créancier sans entrailles; on a dit son fait à l'Espagne, dont les méthodes coloniales ne sont pas toujours inspirées par des sentiments très généreux; on a flétri les Boches assassins de femmes et d'enfants, incendiaires, démolisseurs de cathédrales; on apprécie sévèrement à l'occasion l'égoïsme et l'insensibilité britanniques; on s'est indigné en temps utile du bombardement de Corfou par les escadres italiennes; on traite de la belle façon les Grecs, les Bulgares, les Turcs tous ces sauvages... Enfin, sans se réclamer du nationalişme intégral, on est tout de même fier d'être Français, d'appartenir à une nation vraiment civilisée, pays de la mesure et de la modération où les militaires eux-mêmes savent garder le sentiment de la justice et de l'humanité.
Et puis, un jour, on tombe sur ce bec de gaz: «Commencé sans avertissement le dimanche 18 octobre, le bombardement de Damas, etc...»
Alors, on est tout de suite moins fier !
Bernard GERVAISE
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