| Figaro - 01 novembre 1925 |
Neurasthénique, l'artiste a tué sa femme et s'est ouvert les veines.
Il a été transporté mourant à une clinique
Un drame dont la nouvelle attristera, sans trop les surprendre, tous ceux qui approchaient Max Linder, s'est déroulé hier dans un hôtel du quartier de l'Etoile. Dans une crise de neurasthénie, Max a tué sa femme puis a tenté de se suicider. Il est mourant.
Lundi matin, Max Linder et sa femme descendaient d'auto, devant l'hôtel Baltimore, à l'angle de l'avenue Kléber et de la rue Léo-Delibes, et retenaient une chambre au 4e étage; ils venaient de Nice. Après avoir pris quelques heures de repos, ils firent des visites à Paris.
Vendredi soir, vers neuf heures, quelqu'un fit appeler l'artiste au téléphone, on lui demandait un rendez-vous pour le lendemain samedi...
| retour 01 novembre 1925 |
Max Linder répondit qu'il ne serait pas libre et serait probablement absent pour longtemps. «Inutile de compter sur moi, dit-il.»
Samedi matin, vers dix heures, Mme Peters, mère de Mme Max Linder, téléphona et demanda sa fille. On frappa à la porte. Personne ne répondit.
Le patron de l'hôtel proposa de forcer la porte. Mme Peters l'en dissuada tout d'abord. Puis, prise d'un lugubre pressentiment, elle se ravisa.
Elle prit un taxi et vint rue Léo-Delibes, monta au quatrième étage, frappa elle- même à la porte et, ne recevant pas de réponse, donna l'ordre d'ouvrir.
Le patron de l'hôtel utilisa une double clé et Mme Peters entra dans la pièce. Sur le lit couvert de sang, gisaient les corps inanimés des deux époux.
Soudain, Mme Peters aperçut sur la descente de lit un rasoir dont la lame était rouge de sang. Avec ce rasoir, les malheureux s'étaient ouverts les veines du poignet gauche.
Mais bientôt les médecins arrivèrent et de l'examen des blessures et de la présence d'un flacon de véronal sur la table de nuit, les médecins conclurent que Max Linder avait dû endormir sa femme en lui faisant absorber le médicament, puis, lui avait ouvert une veine du poignet gauche; il s'était ensuite fait lui-même une incision au poignet. Puis, après avoir pris une cuillerée de véronal, il s'était étendu près de l'agonisante. Tous deux respiraient encore au moment où on les découvrit ; ils furent transportés d'urgence dans une clinique de la rue Piccini où on tenta vainement de leur faire reprendre connaissance et où on ligatura leurs plaies.
A cinq heures du soir, Mme Max Linder rendait le dernier soupir.
A minuit, Max Linder était toujours dans le coma et tout espoir était perdu.
Les deux époux avaient tenté déjà de se suicider de la même façon dans un hôtel, à Vienne (Autriche), le 24 février 1923.
Max Linder avait épousé, le 2 août 1923, à Saint-Honoré d'Eylau, Mlle Hélène Peters. Des circonstances romanesques, qu'il serait cruel de rappeler aujourd'hui, avaient entouré ce mariage, qu'on avait, à l'époque, fait figurer parmi les actualités parisiennes, et qui avait été, pour quantité d'admirateurs et d'admiratrices connus ou inconnus, l'occasion d'envoyer au populaire artiste des témoignages de sympathie et des voeux de bonheur.
Louis Thinet.
