| Le Petit Parisien - 15 novembre 1925 |
POUR ET CONTRE
Le problème du dirigeable, qui a coûté tant d'argent, tant de peine, tant de désillusion et tant de deuils aux hommes semble enfin résolu.
Il est résolu par l'avion....
L'exploit de Bossoutrot, «baladant» dans les airs, à 5.000 mètres d'altitude, une sorte de tank volant, où quarante «cent-kilos» auraient pu tranquillement trouver place, montre bien en effet que l'avion peut être le plus sûr, le plus pratique et, si l'on peut dire, le plus rationnel des dirigeables... Il sera, demain, et le transatlantique, et le rapide, et le train de luxe; dès aujourd'hui, c'est certain...
On ne sait pas à quelle allure le progrès de l'avion peut aller... En vingt ans, en moins de vingt ans, tant de prodiges fabuleux ont été réalisés, tant de prouesses invraisemblables ont été enregistrées que la pauvre cervelle humaine, douée cependant d'une imagination assez riche et souvent trop riche, ne saurait sans doute imaginer ce que sera, dans vingt ans, la navigation aérienne...
| retour 15 novembre 1925 |
Son essor sera peut-être si grand, son triomphe sera peut-être si absolu, que les plus beaux paquebots auront un pauvre petit air archaïque de trirèmes. Quant aux trains, quant à ce que nous appelons aujourd'hui des trains, ils feront rire les gamins, avec leurs wagons lourdauds, leurs locomotives fumantes et leurs rails terre à terre.... Les vaches elles-mêmes ne les regarderont plus passer... Les «vrais» trains fendront les nues, iront, sans arrêt, de Paris à Tokio, et se moqueront bien des frontières, des montagnes, des océans et des fleuves... La question des passages à niveau ne préoccupera plus grand monde.
- Mais on risquera de recevoir sur la tête l'express Copenhague-Pékin, voire l'omnibus Paris-Constantinople?
- Peut-être bien !... Faudra-t-il s'émouvoir pour si peu ?...
...Le chemin de fer, le paquebot, l'automobile seront de vieilles choses très démodées... Seul le cheval, grâce au pari mutuel, grâce à Longchamp, gardera peut-être encore quelque prestige et quelque popularité.
Maurice PRAX.
