Excelsior - 08 novembre 1925


v Excelsior 1925 11 08 02 Le collier de Joséphine

Certains bijoux sont comme les peuples malheureux: ils ont une histoire. Vous avez lu ce petit fait divers publié la semaine dernière par la plupart des journaux, on a arrêté un courtier qui, chargé de vendre un collier de diamants, s'est acquitté de cette mission, mais a gardé et dissipé le prix de cette vente.

Tout cela est bien banal, à coup sûr; nous sommes habitués à ces aventures. Ce qui est moins banal, c'est que ce collier a appartenu à l'impératrice Joséphine, puis à la princesse Murat, plus tard reine de Naples.

Au sujet de ce bijou de prix, voici ce que nous lisons dans les Mémoires de Bourrienne (T. III, p. 291):
« Au moment du mariage de Murat, Bonaparte n'avait pas beaucoup d argent; il ne donna donc à sa sœur (Caroline) que 30,000 francs de dot. Sentant, toutefois, la nécessité de lui faire un cadeau de noces, et n'ayant pas de quoi en acheter un convenable, il prit un collier de diamants à sa femme et le donna à la future. Joséphine ne fut nullement contente de cette soustraction et mit sa tête en campagne pour aviser au moyen de remplacer son collier.
Telle est l'origine de ce collier de diamants, au sujet duquel une instruction est en ce moment ouverte; comme quoi un fait divers de la chronique judiciaire évoque les souvenirs de l'histoire anecdotique, si curieuse à feuilleter.
Ajoutons que le chapitre de ce collier a une suite. Comme l'indique Bourrienne, le secrétaire particulier du premier consul, Joséphine, qui adorait les perles et les diamants, fut très mécontente d'avoir été obligée de se défaire de ce collier, auquel elle tenait beaucoup, au bénéfice de sa belle-sœur, qu'elle n'aimait guère. Elle songea à remplacer ce joyau. Il y avait à ce moment, chez le bijoutier à la mode de l'époque, chez Foncier, une magnifique collection de perles fines ayant appartenu à Marie-Antoinette; Joséphine se les fit apporter, et elles lui plurent énormément. Mais le prix était de 250,000 francs; comment les avoir? Ecoutons encore Bourrienne, témoin oculaire de cet incident.
«Mme Bonaparte eut recours à Berthier, alors ministre de la Guerre; Berthier, tout en se rongeant les ongles, selon sa coutume, se prêta à terminer promptement une liquidation de créances pour les hôpitaux d'Italie, et, comme les fournisseurs liquidés avaient, dans ce temps-là, beaucoup de reconnaissance pour leurs leurs protecteurs, les perles passèrent des magasins de Foncier dans l'écrin de Mme Bonaparte. »
Bonaparte ne connut que plus tard ces marchandages; il entra dans une grande colère; Joséphine pleura beaucoup et, finalement, garda ses perles.
Qui donc a écrit que l'histoire est composée de cent petits romans divers?

JEAN-BERNARD.


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