| La Presse - 08 novembre 1925 |
L'Etat est un bon Commerçant !!!
L'autre matin, un de nos amis ayant besoin de deux cents timbres à 10 centimes s'en fut chez le marchand, je veux dire au bureau de poste le plus proche.
Il attendit tout d'abord devant un guichet sur lequel était apposé cet avis ! «Vente de Timbres», que les six personnes qui le précédaient fussent servies.
Lorsque vint son tour, il formula sa requête.
Ici, lui fut-il répondu, on ne délivre que les timbres au détail. La vente par planches est au guichet 54.
Mon ami s'en fut au guichet 54 devant lequel stationnaient trois facteurs.
500 à 30, 250 à 10, 700 à 15, 100 à 5, disait le premier d'entre eux en civil
Ben mon vieux, s'écria le second, t'aurais bien pu venir cinq minutes plus tard! L'employé derrière son grillage comptait les planches. L'employé en uniforme les recomptait à son tour et partit au bout de dix bonnes minutes. Les mêmes opérations se déroulèrent pour les deuxième et troisième facteurs. Mon ami, qui avait réellement du temps à perdre, attendit et prit enfin livraison de ses deux cents semeuses, puis, comme il est journaliste, donc curieux, il demanda pourquoi le personnel prenait, devant les guichets, la place du public, du bon public qui ne proteste jamais lorsque son courrier arrive en retard – même ne lui arrive pas du tout pour cause de grève.
- Mais, lui fut-il répondu, les timbres délivrés aux facteurs sont pour des maisons de commerce qui ne veulent pas qu'un de leurs représentants «poireaute» indéfiniment au bureau. Ils chargent les facteurs de cette petite «commission».
- Et, sans doute, les facteurs en touchent aussi une ?
- Ils ont leur ristourne sur les timbres, naturellement...
- Ce qui veut dire qu'on leur vend, « au prix faible », ce que l'on aurait cédé « au prix fort » aux employés des maisons de commerce, comme à moi-même tout à l'heure... L'Etat y perd donc !!
- C'est comme vous avez l'avantage de le dire...
ROBERT OUDOT.
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