L'Homme Libre - 22 novembre 1925


Homme libre 1925 11 22 gaspillage municipal

GASPILLAGE MUNICIPAL
NOS EDILES NOUS OFFRENT DE NOUVELLES TAXES

 Nos édiles sont rentrés. Et naturellement ils nous rapportent, comme de coutume, de bons petits cadeaux pour entretenir notre amitié.
Rapporter n'est d'ailleurs pas le mot exact. Ils rapportent bien, en effet, des cadeaux, mais c'est uniquement pour eux-mêmes: discours, congratulations, éloges, voeux, souhaits, rien ne manque à une séance inaugurale de la session du Conseil municipal. Il arrive même comme cette fois que toutes ces gentillesses sont méritées soit par le préfet qui part, soit par le préfet qui arrive, et qu'on trouve même le temps de parler poésie.
Mais rien de cela n'est pour nous.

Ambroise Rendu

La baignoire Politoques. Des baignades gratuites dans la Seine, mais une addition salée pour la Ville de Paris.

Le rapport de la Cour des comptes à télécharger.

Le dépotoir Politoques. Poubelle à la main, Rachida Dati se met en scène au milieu des éboueurs


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Les petits cadeaux, on ne nous les rapporte pas à nous. On nous les demande. Cette année, c'est M. Ambroise Rendu, président d'âge, qui s'est chargé de cette petite commission. Il s'en est acquitté fort congrûment.
« Il faudra être économe; resserrer les dépenses, chapitre par chapitre, en comparant les chiffres de 1913 à ceux de 1925.
« Le déficit pour 1925 est de 318 millions à amortir en huit ou neuf ans.
« Le déficit prévu pour 1926 est de 299 millions, et, pour le combler, il faudra 46 centimes additionnels nouveaux ou d'autres taxes.
Et le doyen suggère à ce sujet : taxe sur les 700.000 étrangers qui habitent le département de la Seine; création de bureaux du pari mutuel pour remplacer les officines clandestines des bookmakers; taxe d'incendie sur les compagnies d'assurances, etc...
De quelque façon que ce soit, nous allons donc avoir à payer quelques centaines de millions d'impôts nouveaux. Des taxes! des centimes additionnels! Comme s'il n'y avait pas suffisamment de charges fiscales sur notre dos !
Que l'Etat soit obligé d'amortir une dette énorme, soit. Qu'il ne puisse attendre grand'chose d'économies mêmes sérieuses, soit encore. Mais il n'en saurait être de même de la Ville de Paris. Le Conseil municipal donne le plus mauvais exemple du pire gaspillage.
Dépenses somptuaires d'abord, avec les voyages d'études à l'étranger; dépenses vaines ensuite avec l'incurie des services; dépenses en pure perte, enfin, avec les piscines qu'il faut démolir pour les reconstruire, avec les pavages qu'il faut défaire deux ou trois fois, avec les travaux de nuit qui durent des mois sans avancer, etc., etc...
Une meilleure gestion des services municipaux n'est-elle pas possible? N'y a-t-il rien à faire autrement que pour les bistros et les grands électeurs de MM. les conseillers? La population parisienne mérite mieux. Elle a, il est vrai, le tort de ne pas exiger davantage.