Paris-Soir - 22 novembre 1925


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LA CRISE DES LOYERS
Le plan du Haut Commissariat aux loyers

Le haut commissariat aux loyers est, à sa manière, un centre d'études, un laboratoire qui poursuit la guérison d'un mal auquel nous devons, pour une bonne part, l'inquiétude d'une génération.
La méthode curative de M. Levasseur, haut commissaire est simple. Elle paraît efficace, elle devrait réussir. Ce qui complique tout, quand le malade est la collectivité, ce sont les résistances éparses des intérêts particuliers et parfois aussi la division des pouvoirs gouvernementaux. Un copieux rapport a été établi par M. Levasseur et des collaborateurs aussi actifs que MM. Jérôme Lévy et Rozier.
Muni de cette longue étude bourrée de projets et de suggestions, le Conseil Economique du Travail va mettre le plan du haut commissariat à la mesure des possibilités économiques.
Il en a décidé ainsi. Pour premier travail il veut tuer la crise des loyers, c'est-à-dire assainir, faire un grand nettoyage social.


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Solutions immédiates
Il y a urgence. La crise fait partie du présent. Il faut, par une saine thérapeutique, en calmer la fièvre. L'opération chirurgicale ne sera possible qu'après. En bon langage administratif, cela s'appelle « solutions immédiates ». Paris, dit le haut commissariat, avec juste raison, est encombré de locaux administratifs, de bâtiments officiels, qui donnent asile à des tonnes de paperasses, bien chauffées, alors que de pauvres gens meurent de froid.
Les pauvres gens ont des chefs de famille qui, ouvriers, ne peuvent s'éloigner des centres industriels. Il leur faut un abri proche.
Mais il n'en est pas de même des centres administratifs et de certains centres. militaires. Il y a des régiments qui, sans dommage, peuvent être logés en grande banlieue, à Versailles, à Reims, un peu partout dans la grande ceinture de Paris.
Les bureaux nombreux qui encombrent Paris, peuvent aussi bien travailler hors Paris que dans la capitale. De même pour certains centres d'enseignement, à qui l'air de la campagne ne pourrait faire que du bien.
Paris ne manque pas de place, mais le logement manque d'organisation.
Cette solution simple, aisée, se heurte à bien des difficultés. Le haut commissaire n'a pas de pouvoirs, dictatoriaux. Il se heurte:
Au ministère de la Guerre qui a peur de s'appauvrir en cédant ses terrains, et les bâtiments inoccupés ;
Au ministère des Travaux publics pour de mêmes raisons;
A d'autres ministères, et aux lenteurs administratives.
Pour tout accorder, pour résoudre une crise qui déséquilibre avec la santé publique la morale sociale, il faut une volonté gouvernementale.

En attendant
En attendant que le haut commissariat obtienne des pouvoirs publics gain de cause, d'autres mesures sont envisagées. Mesures d'exceptions; elles sont indispensables.
Le haut commissariat demande que les déclarations des logements vacants soient efféctuées. Trop de propriétaires se soucient peu d'avertir la Ville qu'un miracle s'est produit chez eux sous la forme d'un appartement à louer.
Si des sanctions étaient prévues, les déclarations.se feraient, et l'ordre commencerait à naftre. La spéculation faite sous prétexte de reprise de meubles et de pas-de-porte pour locaux non commerciaux disparaîtrait.
Si une taxe frappait les locaux inoccupés, les terrains inutilisés, la crise s'atténuerait sensiblement.
Elle ne serait pas effacée complètement? Non !
Pour y parvenir, il faut favoriser la construction. Le plan du haut commissariat aux loyers en suggère les moyens. Nous y reviendrons.

Stéphane MANIER,