Paris-Soir - 22 novembre 1925


v Paris soir 1925 11 22 01 suicide d'un artiste américain

v Paris soir 1925 11 22 01 suicide de deux jeunes américains

LE SUICIDE SIGNE DES TEMPS
Comment un artiste américain s'est suicidé par la faute de la poste

C'est une histoire touchante et qui illustre tragiquement le baroque de la destinée. L'ange du bizarre, cher à Edgar Poe, a sans aucun doute présidé à la mort de Richard Bret-Hart. Fils d'un romancier célèbre outre-Atlantique, poète et peintre lui-même, il vivait en France loin des prohibitions puritaines. Il avait sous-loué, 65, rue Daguerre, un atelier dont le locataire en titre voyage actuellement vers l'Afrique du Nord.
Mais Richard Bret-Hart aimait. C'est un signe des temps que l'amour prenne volontiers un aspect pathétique. Richard Bret-Hart, aimait sans réciprocité. Ces jours derniers, il écrivit à la belle dame sans merci une lettre pressante: « Faute d'une réponse par pneumatique, je me tuerai, dit-il ». La dame céda, elle écri- vit le pneumatique, elle l'envoya.
Mais le pneumatique pesait trop lourd: au lieu de le surtaxer comme c'est l'usage, la poste trouva plus facile de l'acheminer comme lettre. Aussi ne recevant aucune réponse, convaincu de l'irréductible cruauté de celle qu'il aimait, l'artiste ouvrit les robinets du gaz.
Pour vous, mon amour, ma dernière lettre que j'écris en mourant.
Ces mots, la concierge les lut sur la table quand, inquiète de l'absence de son locataire, elle pénétra dans les logis à l'aide d'une vieille clef.
Depuis deux jours le pneumatique grâce auquel Richard Bret-Hart vivrait encore attendait son destinataire..
« What a good fellow... », diront outre-mer les amis du disparu.
Et, peut-être, à cette victime de la passion et de la fatalité. une femme inconnue accordera-t-elle l'hommage d'une larme et une place dans son souvenir.

Deux jeunes Américains trouvant la vie" intolérable se donnent la mort

New-York, 21 novembre. On mande de Cincinnati que les jeunes Williams Strauss et James Rosenberg, tous deux âgés de 16 ans, et fils de familles considérables de Cincinnati, se sont donné la mort sous prétexte que la vie, avec les charges, les soucis, les responsabilités qu'elle comporte, leur paraissait intolérable.
On a trouvé leurs corps, la tête transpercée d'une balle de revolver, sur une route peu fréquentée du nord de la ville; à côte se trouvait l'automobile qui les avait amenés sur le lieu du suicide:
Un mot écrit retrouvé sur le corps de l'un d'eux disait:
« La vie ne vaut pas la dépense d'énergie et les sacrifices nécessaires pour la conserver. »


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