| La Presse - 22 novembre 1925 |
Ludendorff contre Hindenburg
Les nationalistes allemands sont furieux contre le maréchal Von Hindenburg, leur dieu d'hier, qui, paraît-il, approuve les accords de Locarno. Leurs journaux attaquent le président du Reich et voici que le général de Ludendorff, le chef des Racistes, prend à partie son ancien chef, son vieil ami, dans le Volkischer Kurier. L'indignation de l'ancien chef d'état-major est vraiment faite pour nous amuser beaucoup. Il affirme que son cœur se serre quand il voit le maréchal sur le point de sacrifier sa gloire en mettant son nom au bas d'un document de honte et de déshonneur ». Et voici mieux: « Le maréchal ferait mieux d'abandonner sa position que de sacrifier sa gloire et son passé, s'il approuve réellement la politique de Locarno. Tout Allemand qui n'est pas encore corrmpu par le noir rouge et noir se voilera la face ».
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Ce pauvre Ludendorff perd la tête. Il s'imaginait appelé aux plus hautes destinées dans le Reich, et il se rend compte que même dans les milieux nationalistes, les trois quarts des militants se détournent de lui. Depuis la fin de la guerre, il a montré une activité fièvreuse pour jeter bas la République allemande, qui n'est cependant qu'une République de nom et il a rêvé de remettre un empereur sur le trône, un Hohenzollern ou un Wittelsbach. Il a piteusement échoué. Ce n'est pas que la grande majorité des Allemands soient hostiles à la monarchie: bien au contraire. Mais ils se refusent à suivre un chef comme Ludendorff, et sur ce point, ils n'ont pas tort. Ils n'oublient pas que ce chef avalt juré, avant l'offensive de 1918, de les conduire à la victoire et qu'il les mena à une défaite irrémédiable. Ils savent que c'est lui qui pressa les autorités civiles. d'obtenir des Alliés une paix rapide afin de soustraire l'armée allemande à un désastre sans précédent. Cet homme de guerre, comme son empereur, a eu peur. Il a eu peur aussi après la paix.
En Bavière, avec quelques amis, il a voulu soulever les masses et marcher sur Berlin pour en finir avec le nouveau régime. Il n'a pu réussir à entraîner dix mille hommes derrière lui: Il a été arrêté au début même du complot. Quelques coups de feu avaient suffi pour le faire défaillir. On le trouva couché par terre, par crainte de la fusillade. Voilà le chef militaire qui a l'audace d'accuser les au- tres de s'être déshonorés !!... Ludendorff est déshonoré depuis longtemps et il ne peut plus donner que des exemples de làcheté.
M. L.
