| Le Petit Journal Illustré - 22 novembre 1925 |
NOS GRAVURES
Une auto sans conducteur
Les Parisiens qui se sont trouvés, dernièrement, vers une heure de l'après-midi,
sur le parcours de la rue Réaumur à Billancourt aux portes de Paris, ont éprouvé une surprise peu ordinaire. Ils ont pu voir, en effet, une automobile absolument vide, n'ayant à son volant aucun conducteur, et qui cependant évoluait à travers les rues le plus aisément, le plus élégamment du monde.
Cette automobile, une torpédo six-chevaux, toute neuve, à carrosserie bleu de roi, était partie de l'hôtel de notre confrère l'Intransigeant. Une autre voiture, conduite, celle-là, par un chauffeur, l'accompagnait. Ainsi escortée, elle traversa la place de la Bourse, longea les grands boulevards, passa devant l'Opéra et la Madeleine, puis, ayant viré par la place de la Concorde là où l'a croquée au passage notre dessinateur - elle remonta d'une petite allure de père de famille les Champs-Elysées.
On imagine aisément la stupéfaction de tous. Le long des trottoirs, la foule s'amassait. Les petits pâtissiers en oubliaient les brioches à porter à domicile. Des jeunes gens se mettaient à courir derrière la voiture mystérieuse, et les agents, sidérés, n'osant arrêter un tel phénomène, levaient les bras au ciel.
De proche en proche, les questions fusaient cependant. On imaginait les explications les plus compliquées ou les plus scientifiques. En réalité, c'était beaucoup plus simple qu'on ne le croyait. L'auto, cause de cet effarement, avait bien à son bord un conducteur, mais on ne le voyait pas. Il était caché à l'intérieur de la carrosserie, et, regardant à travers un grillage noir qui simulait le capitonnage du siège, dirigeait la voiture à son gré.
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