| Paaris-Soir - 02 décembre 1925 |
Araignées du soir
Doctrines
On a pu lire chaque jour, durant de longues semaines, dans maints journaux, un avis ainsi conçu, ou à peu près : «Un groupement de capitalistes américains accepterait d'affermer, moyennant vingt milliards payés comptant, notre monopole des tabacs, tout en garantissant à l'Etat français un revenu annuel au moins égal à celui qu'en retire actuellement l'administration des Contributions indirectes. Cette offre, dont on appréciera le but humanitaire, est la conséquence d'un vœu.»
J'avoue que cette petite annonce m'avait singulièrement troublé. «Pourquoi, me disais-je, dédaigne-t-on une proposition aussi avantageuse? Serait-ce, comme l'insinuent nos confrères, que les gouvernants actuels sont de purs doctrinaires tellement attachés aux théories étatistes qu'ils placent leurs détestables principes au-dessus de l'intérêt national ? C'est ça qui serait vilain ! » Mais la réponse si longtemps attendue a fini par venir. C'est M. Loucheur qui l'a faite l'autre jour, en montant sur le trône des Finances. «Pourquoi on n'a pas voulu céder les tabacs français aux Américains, expliqua-t-il, simplement parce que ces habiles businessmen entendaient acheter, avec le monopole, le droit de fixer à leur guise les prix de vente, qu'ils eussent fort probablement doublés, triplés ou quadruplés à bref délai. Pour réaliser une opération de ce genre, la France n'a besoin de personne.»
L'oracle ayant ainsi parlé, on pouvait s'attendre à trouver la solution du problème honnêtement reproduite par les journaux qui en avaient si assidûment publié les données. Eh bien! on ne trouva rien du tout... Ces honorables confrères seraient-ils donc de purs doctrinaires de l'antiétatisme (c'est comme ça que ça se dit) qui placent leurs principes au-dessus de la vérité ?
Bernard GERVAISE.
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