| Le Petit Parisien - 02 décembre 1925 |
POUR ET CONTRE
On a lu le lamentable fait divers. Un poupon est mort, en pleine rue, dans les bras de sa mère qui n'avait pas voulu se séparer de lui parce qu'elle avait besoin de lui pour mendier, pour attirer sur elle la pitié des passants, pour «se faire de belles journées»... C'est odieux. C'est affreux...
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Seulement, faut-il nous contenter de dire que c'est odieux et affreux ? Seulement, quelques pelletées de terre étant jetées sur le pauvre petit cadavre, faut-il dire que l'incident est clos? N'y a-t-il plus rien à faire?...
Il y a tout à faire! Il y a une chose à faire avant tout: veiller à ce qu'un scandale aussi douloureux ne se répète pas. Il y a une loi à faire, si elle n'est pas faite, pour protéger l'enfance. Il y a une loi à appliquer, si cette loi existe. Il y a des mesures à prendre, fermes, nettes, claires, et rigoureuses et humaines...
Dans une société quelque peu civilisée, il est inadmissible qu'une mère mendie avec un enfant dans les bras, avec trois ou quatre bambins accrochés à ses haillons...
Si vraiment elle est dans la détresse complète, si vraiment elle meurt de faim, il est inadmissible, il est intolérable que la société la laisse traîner par les rues, sans secours, sans aide. C'est abominable et c'est une honte sans nom. Il doit y avoir toujours du pain et un asile pour une mère et pour ses petits...
...Et si cette femme qui mendie n'est qu'une professionnelle de la mendicité, si elle se moque à la fois et de la charité et de la vraie misère, il n'est pas admissible que la police ne mette pas fin, tout de suite, à son imposture et à son «commerce»...
Il n'est pas admissible que la police ne protège pas les enfants, les pauvres petits, contre un pareil trafic, contre une exploitation indigne, sauvage et mortelle...
Ainsi, de toute façon, on ne devrait jamais voir, dans une rue, une femme mendier, ayant un enfant dans les bras.
Maurice PRAX.
