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L'Intransigeant - 03 janvier 1926


 L'Intransigeant 1926 01 03 Une enquête. Etats-Unis d'Europe? Des opinions

UNE ENQUÊTE. Etats-Unis d'Europe? Des opinions.

Un écrivain fort estimé, M. Maurice d'Hartoy, s'est consacré depuis plus d'un an à une vaste enquête sur la question qui domine l'avenir de l'Europe et du monde celle des Etats-Unis d'Europe.
Nous avons donné il y a quelques jours la réponse de M. Benes, président du Conseil tchecoslovaque, qui ne considerait pas ce rêve, comme utopique, fixait les conditions qui, d'après lui, s'imposaient pour sa réalisation.
Nous donnons aujourd'hui les autres réponses de cette enquête.

GENERAL PRIMO DE RIVERA, Président du Directoire espagnol :
Je considère les Etats-Unis d'Europe comme une grandiose conception à très longue échéance et de réalisation très difficile. On en a ouvert la voie par la multitude de conférences Internationales et par la Société des Nations. Il suffit, pour le présent, d'élaborer une forte législation pour la paix universelle ou, tout au moins, continentale, qui doit précéder toute union d'Etats ou de nations. La paix, c'est le suprême bien des peuples.

LE PROFESSEUR EINSTEIN:
Inutile de se creuser la tête pour savoir si l'on peut réaliser les Etats-Unis d'Europe. Si l'Europe entend maintenir son importance et sa signification humaine, ces Etats-Unis sont pour elle un impératif catégorique.

COMTESSE DE NOAILLES.
J'espère et je souhaite la réalisation des Etats Unis d'Europe, ce désir et cette bonne volonté qui sont dans tant de cœurs constituent une force, qui est moyen spirituel d'atteindre au but lentement, à travers d'imprévisibles événements. Une ferme confiance est déjà une action.

MARECHAL LYAUTEY, de l'Académie française:
Les Etats-Unis d'Europe? Réalisables, certes ils l'étaient... le 10 novembre 1918, si... Mais le 12 novembre ils ne l'étaient plus, puisque c'en était fini de toutes les possibilités reconstructives dont la victoire était pleine. Aujourd'hui, on ne peut que les souhaiter, pour le salut du monde, mais quant à les espérer, c'est autre chose.

M. PAUL DOUMER, ancien président du Conseil :
On ne voit pas présentement ce que signifierait et à quoi servirait un groupement d'Etats dont la Russie, la Turquie... feraient partie, alors que les Etats-Unis d'Amérique, le Brésil... en seraient exclus.

M. GABRIEL HANOTAUX, de l'Académie Française, ancien ministre des Affaires étrangères.
Mon idée est formelle : ils sont réalisables. Il y faut seulement une patiente bonne volonté de tous et une forte résolution de quelques-uns.

M. GEORGES GOYAU, de l'Académie Française:
L'Europe, y comprenez-vous la Russie, puissance à demi-asiatique, ou bien l'excluez-vous ? Au temps où l'Europe comptait seule dans le monde, ou croyait être seule à compter, les «Etats-Unis d'Europe» étaient une construction de l'esprit de pacifisme; aujourd'hui, des Etats-Unis d'Europe seraient peut-être, plutôt, un instrument de défense de la personnalité européenne menacée par l'Asie. Parlons donc, de préférence, si vous le voulez bien, de la Société des Nations. Ce que j'en pense, je l'ai dit dans deux volumes: Papauté et Chrétienté sous Benoit XV et Catholicisme et Politique. J'estime que l'organisation de l'arbitrage est possible; je la crois souhaitable; et, pour avoir cette opinion, je n'ai pas attendu la dernière session de Genève, il me suffisait de lire certains actes de Benoit XV, qui datent de 1917. Et la Société des Nations elle-même, je la trouve nommée Societas civitatum dans une encyclique de Léon XIII, de 1888.


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M. CARTON DE WIART, ministre d'Etat de Belgique.
Les Etats-Unis d'Europe ? Cette formule séduit tout naturellement beaucoup d'esprits qui comparent à la liberté et à la prospérité dont jouit la grande république américaine toutes les complications et les inquiétudes auxquelles est livrée notre Europe morcelée, hérissée à la fois de méfiances nationales et de barrières douanières. Toutefois, comparaison n'est pas raison.
Les lois historiques et ethnographiques ont agi et continueront d'agir différemment dans l'ancien et dans le nouveau monde. Tout ce qu'il me paraît sage de faire, au point de vue européen, c'est, pour arriver à une sécurité et à un désarmement qui ne soient pas de pure phraséologie, de travailler à accentuer la solidarité économique par l'union douanière de plus en plus largement comprise entre les peuples. Ajoutez-y l'interpénétration intellectuelle et morale. La cité, c'est la famille élargie. La patrie, c'est le foyer agrandi jusqu'aux frontières. Chaque pays peut apporter sa contribution utile à l'œuvre commune de l'humanité comme chaque famille aux progrès de la cité. Mais c'est à la condition d'obéir à l'esprit de fraternité et non à l'égoïsme.

M. JACQUES BARDOUX, de l'Institut :
Toute formule internationale, qui, peut stabiliser l'Europe nouvelle, enraciner les frontières territoriales et empêcher l'agression russo-allemande, doit retenir l'attention de tout Français. Dans l'organisation continentale, nous trouvons à la fois le moyen d'assurer la sécurité et d'accroître rayonnement de la patrie. Est-ce à dire, cependant, que les Etats-Unis d'Europe puissent être réalisés dans la même forme que les Etats-Unis d'Amérique ? Je ne le crois pas. L'Europe est trop vieille, trop morcelée géographiquement, trop divisée ethniquement. Son unification ne peut être que partielle. Comment réaliser cette unification? Par la signature de pactes d'assistance et de traités d'arbitrage à zones limitées, mais à signatures illimitées, incorporés dans un pacte général, dans le cadre moderne de la Société des Nations. Un pacte occidental Angleterre-Allemagne-Belgique-France stabilise les frontières rhénanes. Un pacte central, France-Italie Tcheco-Slovaquie-Yougo-Slavie garantit le statu quo en Autriche. La Petite Entente équilibre les Balkans. Des signatures française et tchèque renforcent le traité d'arbitrage germano-polonais. Un pacte polono-roumano-balte consolide les bornes orientales. Une guerre de revanche devient impossible. Les traités durent. La paix règne. L'Europe renaît.

On trouvera à la sixième page les réponses à notre enquête de MM. A. F. Franculis Rolin; Ds Otto Gessler; Dr Spalaïkovitch; Vittorio Scialoja; Mme Juliette Adam; MM. Ashburton; Munro Smith; Djeyhoume bey Hadjbey; Mgr de Villerabel; MM. Albert Lebrun; général Cherif pacha; P. de Demidoff Waguiebe; comte Apponyi; baron Jacquinot; Back de Surany; Eugène Znasko-Borovsky; général Weyler; Paul Van Dyke.