| Le Petit Journal illustré - 10 janvier 1926 |
NOS GRAVURES
La tragédie de la rue Vivienne
Dans une modeste chambre de la rue Vivienne, à Paris, vivait un ménage d'une cinquantaine d'années, M. et Mme Bourgarit. Cette dernière avait été internée, en 1920, à la Maison-Blanche. Mais, comme on la croyait guérie, on avait laissé son mari la reprendre. Il n'en était rien, malheureusement, et, malgré les soins les plus dévoués, les plus affectueux de M. Bourgarit, la pauvre femme ne tarda pas à donner de tels signes de démence que le commissaire de police, avisé, décida de la faire enfermer de nouveau.
Le commissaire en fit part à M. Bourgarit. Celui-ci ne protesta pas. Il se contenta de dire seulement :
Laissez-lui au moins une heure pour s'habiller.
Quand le commissaire revint, une heure plus tard, il recula d'horreur devant le spectacle qui s'offrit à sa vue.
Un désordre indescriptible régnait dans la chambre. Près du lit défait. M. Bourgarit et sa femme étaient étendus baignant tous les deux dans une mare de sang. Mme Bourgarit avait été tuée sur le coup, d'une balle dans la tête. M. Bourgarit, la tête également traversée d'une balle, put indiquer, d'un faible mouvement, la table de nuit où une enveloppe était mise en évidence. Cette enveloppe contenait l'explication du drame !
M. Bourgarit, ne pouvant se résoudre à l'idée que sa femme allait le quitter pour être internée dans un asile d'aliénés, disait dans la lettre qu'll adressait au commissaire
«J'aime mieux la tuer et me tuer ensuite. La folie allait nous séparer, mais la mort nous unira à nouveau».
On imagine la scène le mari prévenant sa femme qu'il va la délivrer à tout jamais de son atroce misère. Voici que la malheureuse, à la vue du revolver recouvre en partie sa raison. L'instinct de la conservation réagit brusquement. Elle se défend, avec la rage du désespoir, contre son meurtrier, ainsi qu'en témoigne le couteau qu'on arracha difficilement de sa main froide et crispée.
Le mari, dont l'état est désespéré, et qui restera aveugle, si, par miracle, il survit, a été transporté à l'hôpital de la Charité.
| retour 10 janvier 1926 |








































































