| Le Patit Parisien - 10 janvier 1926 |
CEUX QUI NOUS AMUSENT
MAK DEARLY
Comme il est bien de notre temps, celui-là ! Du siècle de l'électricité, de l'auto, du cinéma, de la T. S. F!
Même quand il crée, comme en ce moment aux Variétés, une vieille ganache ancien régime. Une ganache qui combine l'humour anglais et le comique français, évoque à la fois l'ineffable M. Pickwick, Joseph Prud'homme, M. Perrichon-menton dressé sur le large col à double pointe, lorgnon d'écaille perché très bas sur l'arête du nez majestueux, regard olympien. Même alors, il fait sur la scène du cent vingt a l'heure, il a un moteur dans le ventre, des ressorts dans le jabot, déchine, une pile électrique sous chaque talon; sa voix est à explosions; son front, ses sourcils, sa mâchoire exécutent et échangent appels et signaux; sa démarche garde la trépidante rapidité des images de cinéma. Et rien de désopilant comme ce personnage antique et solennel que meut, agite, contorsionne le plus éperdument moderne des mécanismes.
Il va, vient, vire, volte, brûle les planches, vous capte, vous entraîne, Quand il est là, on ne voit, on n'entend que lui. Sans effort et comme naturellement, il absorbe tout l'air respirable, aimante tous les regards, déchaîne tous les rires... Clown?
Oui. Non. Du clown, il a l'outrance, l'imprévu, le génie cocasse.
Mais il y a de la profondeur, de l'unité sous ses boutades. Des lignes hachées, des touches de couleur, jetées çà et là, dans un désordre apparent, comme par un peintre pointilliste, se dégage peu à peu une image au relief puissant, solidement équilibrée, qui s'impose à l'oeil, à l'esprit, s'incruste dans la mémoire.
Je défie quiconque a vu le baron Wurtz, dans Asais, de jamais l'oublier. Lui, son surprenant veston de velours amarante, sa main posée avec tant de distinction sur le bas de l'échine raidie, ses jambes en fil de fer si drôlement tordues dans un pantalon à petits carreaux et qui ne cessent de faucher les tapis, de leurs deux pieds, disloqués dirait-on, et élégamment guêtrés de blanc.
Ah ! ces jambes, elles sont encore plus étonnantes que celles de Mistinguett ! Et c'est bien la vieille ganache d'antan, de la même veine que celles de la comédie italienne, de Molière, d'Emile Augier, la ganache de tous les temps, mais accommodée à la sauce du nôtre, la sauce au diable et aux pickles... La ganache des sleepings et des dancings, qui monte en auto, en avion, passe de Londres à Constantinople, lance des des casinos, gagne et perd des fortunes, se sait trompé et garde le sourire. Un type nouveau, burlesque, attristant, humain enfin.
Car Max Dearly, c'est le mouvement qui dérange la ligne, mais qui crée la vie.
Andrée VIOLLIS.
| retour 10 janvier 1926 |







































































