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Excelsior - 10 janvier 1926


Excelsior 1926 01 10 Un vent canicide

UN VENT CANICIDE...

Il y a un nombre respectable d'années, un préfet de police, M. Lozé qui était, au demeurant, le plus galant homme du monde ayant décrété que tous les chiens de Paris ne pourraient désormais circuler que muselés, fut surnommé «le canicide». On était sévère, à l'époque! Il semble que, depuis quelque temps, les pauvres toutous soient menacés de maux bien pires que la muselière de M. Lozé. On se demande, en effet, s'ils ne vont pas être les innocentes victimes de la fiscalité et de la vie chère? Je suis persuadé que tous les nombreux amis des chiens ont lu avec émotion le récit du sacrifice des pauvres bêtes fait, ces jours-ci, à Berlin, sur l'autel... de la fiscalité.
On sait qu'à Paris la taxe sur les chiens a été relevée. D'autre part, le maire de Toulon a pris un arrêté d'après lequel aucun chien ne doit aboyer dans les rues passé 22 heures. Ces jours-ci, j'ai lu des plaintes provenant de certaines de nos villes de province où l'on juge que le chien est un animal superflu, gros consommateur de pain, et qu'il est devenu trop souvent une bouche inutile qui doit disparaître. De là à conclure qu'un de ces jours il faudra mettre en action, la « chambre léthéale» berlinoise, il n'y a qu'un pas...

Je sais que la dureté des temps est grande et qu'au banquet de la vie les convives deviennent de jour en jour plus infortunés. Mais est-ce une raison pour que l'homme sacrifie son ami de toujours, lorsque celui-ci ne sera pas pour lui d'une stricte utilité?
Ce serait, en vérité, une chose trop navrante et, en même temps, trop injuste, car si le chien est, en maintes occasions, pour l'homme un auxiliaire précieux, soit qu'il garde son troupeau ou sa maison, il est, par-dessus tout, son compagnon des bons comme des mauvais jours. Et c'est cela que nous avons le devoir de ne jamais oublier.

Au moment où un vent canicide semble souffler sur l'Europe, on statufie, aux Etats-Unis, le brave chien Balte, ce héros de l'Alaska, tandis que du Maroc nous vient le récit des exploits du non moins brave Ecoute. Voilà qui devrait faire quelque peu honte aux canicides. Ceux-ci ignorent-ils que l'affection du chien est parfois plus nécessaire aux pauvres gens qu'aux heureux de ce monde? En frappant les chiens d'un impôt prohibitif, le fisc berlinois a donc commis une action regrettable.
Il y a quelque temps, un savant américain a prédit que l'homme, dans mille ans, demeurerait seul sur la terre et que, autour de lui, tous les animaux, même son chien fidèle, auraient disparu. Soit. Mais n'anticipons pas.

ANDRÉ MÉVIL.


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