| Le Patit Parisien - 10 janvier 1926 |
L'AFFAIRE DES FAUX BILLETS
UNE INTERVIEW DU COMTE BETHLEN
"Nous ferons notre devoir énergiquement jusqu'au bout", déclare à notre envoyé spécial le président du Conseil hongrois.
Budapest, 9 jan. (d. n. env. spécial.) Le comte Bethlen m'a reçu aujourd'hui à la présidence du Conseil.. Quelle part faut-il attribuer à la politique dans l'affaire des faux billets, Excellence ?
- Toute cette affaire n'a en réalité pas grand fond politique. On a parlé à l'étranger de préparatifs de coup d'Etat légitimiste, de «putch» albertiste ou de dictature fasciste. Autant de bruits faux, à mon avis.
Une association s'est formée pour fabriquer de la fausse monnaie. Elle comprenait des membres de différents partis et des gens sans couleur politique. Certains ne poursuivent que des buts d'intérêt personnel; d'autres apercevaient, en outre, la possibilité de trouver de l'argent pour une propagande d'un ordre plus national que politique d'ailleurs. Aucun indice, en tout cas, ne prouve qu'un certain but, comme le renversement du gouvernement ou du régime actuel, ait été poursuivi par l'ensemble des complices. Enfin comme en toute affaire, il y eut là des dupes.
Le prince WindischGraetz, grand seigneur, ancien ministre très repandu dans la société, jouant gros jeu et perdant beaucoup, avait de nombreux amis et jouissait d'un certain prestige. Il lui a été facile de trouver des complices dans tous les milieux. J'ai l'impression que les fonctionnaires compromis ont été parmi ses dupes. Cela n'excuse pas leur faute et nous les avons frappés aussi sévèrement et même plus que les autres.
Pourquoi, d'ailleurs, chercher des causes politiques exceptionnelles. La vie publique hongroise connut toujours ces passions violentes où les fautes des individus, s'ils sont affiliés à un parti, sont aussitôt attribuées à ce parti. Dans le passé, déjà, certains personnages qu'on trouverait plus ou moins en rapport avec les gens aujourd'hui compromis n'avaient pas reculé devant d'autres actes répréhensibles.
Mais j'insiste. L'affaire des faux billets n'a pas de dessous politiques; elle est seulement la manifestation d'une mentalité dangereuse qui tient en grande partie aux bouleversements matériels et moraux des dernières années.
- Ne dit-on pas que l'archiduc Albert s'est entendu, cet été, avec les ex-kronprinz d'Allemagne et de Bavière pour tenter un triple coup d'Etat monarchique ?
- Le fameux pacte de Mondsee, répond le comte Bethlen, n'existe que dans l'imagination des journalistes et du public. L'archiduc, Albert avait accepté récemment la présidence d'honneur de la fédération des sociétés nationalistes. Il vient de démissionner, quand le secrétaire général Szoertsey fut mis en prison.
- La presse viennoise annonce la mise sous scellés des locaux de la fédération.
- C'est faux, répond le comte Bethlen. La police a interrogé le président, baron Perenyi. La fédération est complètement étrangère aux actes de Szoertsey.
- La presse viennoise annonce aussi l'expulsion de l'archiduc Albert. Le comte Bethlen sourit.
- Si quelqu'un dans le pays était dangereux, dit-il, il ne faudrait pas l'expulser mais l'arrêter. En réalité, il n'y a aucun danger d'un coup d'Etat fasciste.
- Que faut-il penser des bruits de votre démission?
- Naturellement, l'affaire viendra devant le parlement. Le gouvernement est responsable de tous les personnages qui occupent des situations officielles et si ceux-ci commettent des crimes qui entraînent des difficultés pour le pays, la responsabilité du gouvernement doit être posée devant le parlement. Le gouvernement n'entend pas se dérober, mais il n'est pas question de démission.
- Votre Excellence excusera une question indiscrète. Les adversaires du régent Horthy affectent de le montrer en opposition avec vous dans cette affaire.
(J'aperçois, en parlant, au-dessus du bureau du président du Conseil une grande toile représentant le régent en amiral, la figure durcie de vieux loup de mer, la poitrine barrée d'un grand cordon et constellée de décorations)..
- Depuis le début de l'affaire, répond le président, j'ai été en contact avec lui. Il y a concordance de vues absolue entre le régent et le gouvernement. Il y a même concordance absolue des intérêts hongrois et français dans cette affaire, conclut le comte Bethlen: Notre intérêt comme notre devoir était de faire la lumière et je ne peux pas croire qu'il puisse résulter de ce regrettable scandale privé un malentendu entre les deux pays, si le gouvernement français voit que le gouvernement hongrois fait son devoir comme nous le ferons énergiquement jusqu'au bout.
Marcel Dunan
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UN COMMUNIQUE HONGROIS
Budapest, 9 janvier (dép. Havas.) Le communiqué officiel suivant est publié : En décembre dernier parurent dans les journaux de Budapest des informations selon lesquelles, à Amsterdam. plusieur Hongrois avaient été arrêtés pour avoir essayé de placer de faux billets de 1.000 francs.
La police de Budapest se basant sur ces informations, entreprit immédiatement une enquête suivie, par ordre du ministre de l'intérieur, de plus larges recherches. Le 21 décembre parvint un rapport du parquet d'Amsterdam, annonçant l'arrestation de Jankowich, Marsowiskzy et Mankowits, et la découverte de 7.500 faux billets de 1.000 francs. Cette, communication contenait les photographies des personnes en question, et trois faux billets. avec prière d'entreprendre les recherches nécessaires pour trouver les complices et les movens utilisés pour la falsification.
La communication d'Amsterdam mentionnait que, selon la déposition des personnes arrêtées, le chef de la police de Elat, M. Nadossy, était informé de l'affaire. Elle mentionnait également les lignes générales de l'affaire sans donner cependant aucun renseignement précis en ce qui concerne ce qui s'était passé à Budapest.
M. Nadossy fut immédiatement interrogé par la police et, conformément à l'ordre du ministre de l'Intérieur, il ne prit aucune part aux recherches. L'enquête entreprise à la suite des informations de journaux resta vaine par manque de points d'appui. Des perquisitions domiciliaires faites au logement des personnes arrêtées à Amsterdam restèrent sans résultat. Des recherches dans les banques amenèrent seulement la découverte à la Banque nationale d'un seul billet faux qui fut reconnu parfaitement identique aux spécimens envoyés d'Amsterdam. Ce billet avait été remis par une maison située rue Kiraly.
Les premières dépositions attirèrent l'attention de la police sur le nommé Gaspar Kovacs, habitant Sarospatak, et au logement de qui on trouva des vêtements achetés dans cette maison. Il fut établi que Kovacs était le valet de chambre du prince Windischgraetz; il fut immédiatement placé sous mandat d'amener et des perquisitions furent ordonnées à son domicile. Cependant, Kovacs ne fut pas trouvé chez lui à Budapest et les perquisitions ne donnèrent pas de résultat. Kovacs put être arrêté seulement le jour suivant. Il reconnut avoir acheté à une personne inconnue le faux billet remis rue Kiraly, ainsi que les six autres billets.
Il déclara qu'il ne les savait pas faux, car autrement il n'aurait pas expédié six de ces billets à Amsterdam, aux parents nourriciers de ses enfants. Le système de défense de Kovacs ne fut pas accepté par la police, car il fut établi que les faux billets étaient identiques à ceux saisis sur Jankovitch. Kovacs fut arrêté. La police réussit à se procurer les télégrammes adressés à des personnes arrêtées à l'étranger et à établir qu'ils provenaient de Raba, le secrétaire du prince Windischgraetz. Raba fut immédiatement amené et, en raison des charges accablantes qui pesaient sur lui, il fut arrêté. Il fut établi qe Raba enrôlait des personnes pour le placement des faux billets.
Le 3 janvier, M. Nadossy se présenta volontairement à la police et fit une communication qui donna aux recherches un essor vigoureux. A la suite de cette communication, un mandat d'amener fut décerné contre le prince Windischgraetz qui fut arrêté. Une perquisition fut effectuée à ses domiciles de Budapest et de Sarospatak. Le prince Windischgraetz fut déféré le 4 janvier au parquet, le jour qui suivit l'arrestation de M. Nadossy. L'enquête marcha ensuite rapidement et amena bientôt la découverte de l'atelier de faux billets ainsi que la découverte des coupables et des complices.
Londres, 9 janvier (dép. P. Parisien) Selon le Sunday Times, la nouvelle s'est répandue à Budapest que le gouvernement hongrois aurait décidé de dissoudre la puissante association le «Réveil des Magyars» qui groupe les éléments nationalistes extrêmes.
DIX MILLE FAUX BILLETS AURAIENT ETE DETRUITS
Budapest. 9 janvier (dep. Havas.) Selon le Magyar Orszag, les interrogatoires d'aujourd'hui ont amené des éclaircissements sur le sort des billets falsifiés qui ont été fabriqués. Il est question de 10.000 billets environ dont la police ignorait encore l'emploi. L'interrogatoire du personnel du prince a fait connaître que dans la soirée du 23 décembre, alors que P'instruction était déjà commencée, le prince Windischgraetz a détruit dans la cheminée de son cabinet de travail un paquet volumineux. Il est possible que ce paquet contenait les faux billets.
LE DIRECTEUR HALASZ RELÂCHÉ
Budapest, 9 janvier (dép. Havas.) L'Agence télégraphique hongroise dit qu'il apparaît de l'enquête qu'aucun centime n'a été versé dans des buts patriotiques dont le prétexte a été continuellement invoqué par les personnes arrêtées. La police a relâché à midi le directeur domanial Halasz, car il a prouvé n'avoir eu avec le prince Windischgraetz aucun rapport.
AUTRES AFFAIRES DE FAUX BILLETS
FAUX BILLETS PORTUGAIS A LA HAYE
La Haye, 9 janvier (dépêche Havas) A la suite de plaintes officielles du gouvernement portugais, la police de la Haye a arrêté deux personnes originaires, l'une des Pays-Bas et l'autre de Turquie, lesquelles seraient impliquées dans la question des billets de banque portugais. La troisième personne s'est échappée. La police a saisi à Rotterdam et à la Haye plusieurs malles contenant des billets de banque portugais équivalant à 12 millions et demi de florins hollandais, ainsi que des contrats et des documents probablement falsifiés dont on a fait usage pour charger une imprimerie anglaise de faire des billets, jusqu'à concurrence de 25 millions de florins. La police assure qu'il n'y a plus de billets en Hollande.
L'ENQUETE A BELGRADE AU SUJET DES FAUX DINARS
Belgrade, 9 janvier (dép. Havas.) Le chef de la sûreté générale, M. Lazitch, après une enquête à Zagreb sur la découverte des faux billets de mille dinars, est parti avec pour l'Allemagne. Quatorze arrestations ont été opérées jusqu'ici, en connexion avec cette affaire. Les résultats des interrogatoires sont tenus secrets.
Madrid. A Libar, un incendie s'est déclaré dans une petite fabrique de cartouches. Six personnes ont été blessées.
Berne. La formalité du visa entre la Suisse et l'Allemagne sera supprimée à partir du 20 janvier.
Lisbonne. On annonce qu'un incendie a détruit, dans l'île Saint-Antoine, le palais de justice, l'hôtel de ville et un immeuble occupé par les bureaux du gouvernement.
Calcutta.
Lord Reading, qui abandonne la vice-royauté des Indes, a quitté Calcutta.
Athènes.
Le ministre de la Marine, M. Hadjikyriakos, a démissionné.
Rabat.
M. Steeg, résident général, est arrivé à Rabat.
Mexico.
L'ambassadeur du Mexique a protesté contre la stipulation donnant effet rétroactif à la récente loi sur le droit de propriété des étrangers au Mexique.







































































