| Paris-Soir -17 janvier 1926 |
"PARIS-SOIR" EN BELGIQUE
Des asiles aux pénitenciers par Germaine DECARIS
En 1925, deux écrivains, Albert Londres et Louis Roubaud, enquêtèrent sur les méthodes auxquelles on soumet, en France, les malades mentaux et l'enfance malheureuse,
Albert Londres a écrit :
« La façon dont notre société traite les citoyens dits aliénés date de l'âge des diligences. La loi de 38 n'a pas pour base l'idée de soigner et de guérir les hommes atteints d'une maladie mentale, mais la crainte que ces hommes inspirent à la société. C'est une loi de débarras. »
On lit, au dernier chapitre des Enfants de Cain:
« Le directeur d'une colonie que je n'ai pas visitée et que je ne veux pas désigner m'a déclaré : Ce que souffrent nos enfants ne serait rien si on les sauvait. Mais je puis l'affirmer et j'en ai la preuve tous ou presque tous terminent leur existence à la Guyane.
» Tous les fonctionnaires et les mieux intentionnés sont impuissants devant un système entièrement faux. »
Or, depuis 1919, une importante réforme du régime des asiles et des prisons se poursuit en Belgique. Son enseignement est tel qu'il eût dù forcer la frontière. Le moins que notre législation ait pu faire jusqu'ici, c'est, semble-t-il, de l'ignorer. En aucun temps, peut-être, les nations ne parurent davantage soucieuses de se connaître. Leurs hommes d'Etat s'affrontent au cours de conférences renouvelées. Il n'est bruit que de relations internationales. On voit bien que les solennités manquent le moins, mais on ne voit pas qu'il y ait une cadence universelle vers moins d'injustice et de scandales. Les vérités en deçà ne sauraient être encore des vérités en delà. Chacun ne veut entendre que l'écho de sa propre voix. Les assurances de solidarité mondiale pourront se multiplier; l'envers des mots montrera toujours que ce sont décors illusoires aussi longtemps qu'un pays n'attendra rien que de son impuissance, toute nationale qu'elle soit.
L'effort belge n'a pas eu de répercussion en France. Pour l'apprécier, il n'est pourtant que de se rendre chez nos voisins. C'est ce que nous avons fait.
Cette modification des formes pénales telles qu'elles subsistent encore assez généralement en Europe est due à M. Emile Vandervelde. L'ancien ministre de la Justice, bien qu'il détienne, dans le cabinet actuel, le portefeuille des Affaires étrangères, n'a pas cessé de veiller sur son œuvre. Allait-il consentir à nous en dire quelques mots ?
G. D.
Nous publierons ces jours-ci les déclarations qui nous ont été faites par M. Vandervelde, ainsi que la relation de nos visites à la prison-école de Merxplas, au Laboratoire central d'Anthropologie, au Centre d'observation de Moll, à la colonie d'aliénés de Gheel, etc...
Germaine DECARIS.
| retour 17 janvier 1926 |







































































