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Paris-Soir -17 janvier 1926


v Paris soir 1926 01 17 Foujita travaille à genoux devant sa table bassev Paris soir 1926 01 17  la petite fille au chat - Foujita

A genoux devant sa table basse, à la mode japonaise, Foujita travaille.
Le bâton d'encre de Chine authentique historié d'or a été frotté contre la plaque de porcelaine. Foujita, de sa main souple et ferme, choisit ses pinceaux. Prendra-t-il cette large brosse de martre moelleuse? Ces quatre pointes juxtaposées comme les tubes d'un pipeau? Ou cet autre pinceau, si petit et si aigu, dont les poils n'ont pas été comprimés rudement dans du métal selon l'usage des barbares d'Occident, mais ont été liés amoureusement par un fil de soie ?
Enfin, Foujita trace un contour, qui est le bon.
Puis il lève la tête. Examinons-le. Quel âge a-t-il ? Quarante ans, ou dix-huit? Comment s'y reconnaître, en ces visages japonais, lisses et bruns derrière les grosses lunettes d'écaille rondes ? Son sourire est juvénile. Pourtant, ce grand artiste porte déjà le signe des honneurs officiels.
Tout autour de la pièce, des toiles attestent la personnalité de ce maître, menu comme tin élève. Quel art, en ces œuvres ! Elles sont savoureuses, émouvantes, comme toutes celles où se confondent les influences de deux esthétiques et de deux races. Ces grandes surfaces, blanches comme du kaolin, où court un trait délié, et que teintent à peine quelques rares frottis de couleur ou quelques ombres discrètes, semblent de vastes plateaux de porcelaine, d'une matière à la fois fragile et Impérissable. Qu'elles vieilliront bien, ces toiles, et comme la patience du temps collaborera heureusement avec celle de l'artiste ! Foujita avait fait toutes ses études à Tokio. Il est venu à Montparnasse, chargé de cette habileté technique spéciale à ses compatriotes. Il a voulu oublier tout cet acquis. Il est devenu cubiste et fauve, en compagnie de Picasso et de Van Dongen. Puis, se cherchant toujours, il a fini par trouver la formule exacte de sa personnalité. Maintenant, Foujita est devenu un homme illustre, un des peintres les plus remarquables de ce temps. Il ne travaille plus seulement pour lui-même. Les grands amateurs, les musées, les salles d'exposition du monde entier, attendent ses œuvres.
Mais il ne s'enfièvre pas. Heureux en un logis où règne une exquise épouse parisienne, Foujita continue à tremper d'encre de Chine son pinceau pointu, et à tracer sur des toiles lisses et blanches ces traits si précis et si expressifs qu'ils remplacent le rnodelé, suggèrent par l'exactitude raffinée du contour toutes les nuances des demi-teintes et distribuent la lumière dans l'espace qu'ils limitent.

Paul REBOUX.


retour 17 janvier 1926