| Paris-Soir -17 janvier 1926 |
Araignées du soir
Le crime du professeur.
M. le professeur Langevin s'est vu attribuer, pour ses notes de quinzaine, un beau zéro de conduite, en conséquence de quoi ses propres élèves ont décidé de lui infliger, à titre d'exemple, une sévère punition. On sait en effet que, dans le haut enseignement, ce sont les écoliers qui portent la férule.
Le professeur n'avait-il pas accepté, l'autre soir, sans autorisation, la présidence d'une réunion d'instituteurs, au cours de laquelle une Allemande, une vraie Allemande (quelle horreur !), a pris la parole pour exprimer le vœu que, dans tous les pays, les éducateurs renoncent à bourrer d'idées belliqueuses le tendre crâne des enfants.
Oui, le croirait-on, cette horrible femme osa dire cela, du moins elle essaya de le dire, mais les étudiants du roi veillaient. Ils multiplièrent les claquements de bec, firent éclater des bombes lacrymogènes, arrachèrent l'oratrice à sa tribune, houspillèrent le président et, une fois de plus, sauvèrent le Capitole. Naturellement, cette première manifestation ne suffit pas à épuiser les effets de leur juste colère. Bien décidés à exorciser le professeur selon la méthode chère à Mme Mesmin, ils envahirent le lendemain l'amphithéâtre du Collège de France où le possédé devait faire son cours. Le professeur, malade -il souffre sans doute de nausées- était absent; qu'à cela ne tienne, les justiciers exorcisèrent le mobilier, le matériel, les appareils de démonstration... Quant au coupable, il ne perd rien pour attendre, on devine quel accueil lui est réservé à la sortie.
Quoi qu'il lui arrive, ce sera justice, car le professeur a commis une faute inexpiable. Il a offensé les dieux, il a défié cette Bêtise Sacrée que l'on ne brave jamais en vain.
Bernard GERVAISE.
| retour 17 janvier 1926 |







































































