| Journal des débats -17 janvier 1926 |
Le scandale hongrois des faux billets de banque
L'enquête
Mgr Zadravetz, aumônier militaire, a été interrogé, hier. Son avocat avait eu connaissance d'une audition qui présentait comme patriotique, mais qu'il n'avait rien connu concernant la falsification. La prestation de serment des faussaires serait une pure invention.
On a interrogé également M. Baross, directeur de la Caisse d'épargne postale, dont l'audition était devenue nécessaire pour éclaircir le rôle de Nadossy. Les déclarations de M. Baross compromettraient plus gravement encore l'ancien chef de la police qui, d'après lui, avait continué ses agissements, même après la publication des premiers renseignements au sujet des falsifications.
Des recherches à la Caisse, d'épargne postale sont devenues nécessaires parce que Nadossy avait fait fournir sous un faux prétexte officiel, après l'affaire de la falsification, des sommes atteignant 330 millions de couronnes, pour retirer de la Tuezhelybank les 150 billets de 1.000 francs falsifiés, déposés contre cette somme et pour effacer ainsi les traces de cette opération. M. Baross avait demandé lui-même l'ouverture d'une enquête sur les motifs du paiement effectué en dehors de sa responsabilité.
Après le témoignage de M. Baross, l'interrogatoire d'autres personnes a été jugé indispensable.
Deux banquiers, MM. Horvate et Elischer, ont été entendus. Tous les deux sont entièrement hors de cause et leur audition conséquence de l'interrogatoire de M. Baross.
Leurs témoignages ont fournis la preuve positive qu'en dehors des 330 millions de couronnes, dont il est question plus haut, aucun paiement ne fut effectué par la Caisse d'épargne.
Dans les milieux bien informés on exprime l'avis que l'enquête a atteint sa phase définitive et que l'essentiel de l'affaire sera éclairci dans quelques jours.
Dans l'entourage du régent Horthy
D'après certaines informations, les agents français auraient réclamé l'arrestation de plusieurs hauts personnages, dont le chef de la chancellerie du régent Horthy, M. Bartha, et l'adjudant aide-de-camp.
Le comte Bethlen, après avoir conféré avec le régent, aurait fait répondre aux agents français que leurs arguments n'étaient pas suffisants pour qu'on arrêtât ces deux personnages.
Les inspecteurs français auraient alors télégraphié à Paris. Dans la soirée, M. Clinchant, ministre de France à Budapest, aurait lui-même insisté auprès du gouvernement hongrois, pour l'arrestation de l'adjudant Magashazy et de M. Bartha.
A ce propos, l'Agence télégraphique hongroise est autorisée à démentir de la façon la plus catégorique les nouvelles suivant lesquelles M. Richard Bartha, chef de cabinet du régent, et M. de Magashazy, aide de camp du régent, seraient impliqués dans l'affaire des faux billets de banque français.
D'accord avec le gouvernement hongrois, déclare une note de ladite agence, les autorités judiciaires hongroises poursuivent l'enquête avec une impartialité impitoyable. Cependant, dans l'enquête en cours, rien ne laisse supposer que les personnes précitées aient eu une part, même indirecte, dans l'action des falsificateurs; aussi n'ont-elles pas été soumises à un interrogatoire.
Le correspondant à Vienne de la B.U.P. télégraphie de Budapest que des poursuites judiciaires seraient ordonnées contre le comte Karolyi, accusé d'avoir écrit dans un journal français un article injurieux à l'égard du régent Horthy
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| retour 17 janvier 1926 |
Une déclaration de M. de Kanya
M. de Kanya, envoyé hongrois à Berlin, a demandé à l'Agence télégraphique hongroise de publier la déclaration suivante :
«J'ai pris connaissance de l'affaire entière exclusivement par les journaux. Je connais Nadossy depuis plus de quarante ans. Nous étions compagnons d'école à Sopron. Cela a donné à Nadossy l'idée qu'il pouvait compter sur moi au cas où il demanderait mon aide. Pourtant, je n'ai reçu de lui aucune demande, ni dans cette affaire, ni dans une autre. Quant à Jankovitch, je le connais à peine; je l'ai rencontre seulement une fois. Jankovitch ne pouvait compter sur moi; il n'a nul autre appui que celui qui est donné à des citoyens hongrois quelconques voyageant à l'étranger.
La fortune de Windischgraetz
Des dépêches de Saros-Patak à la presse tchécoslovaque soulignent que l'inventaire de Ja fortune du prince de Windischgraetz, auquel il vient d'être procédé, établit que le prince, loin d'être ruiné, comme on le prétend, est à la tête d'une fortune considérable et que, par conséquent, la Banque de France et la Banque nationale tchécoslovaque pourront obtenir de lui les justes dédommagements auxquels elles ont droit. On évalue à 30 milliards la valeur du château de Saros-Patak et de son mobilier et à 50 milliards celle des domaines qui l'entourent. 80 milliards de couronnes hongroises valent environ 24 millions de francs.







































































