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Le Funi -17 janvier 1926


v Le Funi 1926 01 17 la mendicité à travers les âges

Comment furent traités les mendiants à travers les âges

Une première ordonnance de février 1350 enjoint aux mendiants de vider Paris sous peine d'emprisonnement pour la première infraction, du pilori et de la marque au fer chaud, en cas de récidive. En 1534, un édit prononce même le supplice de la roue contre les vagabonds. Bientôt après, à vrai dire, en 1536, un autre édit ordonnait la création de bureaux de bienfaisance dans les villes, en faveur des indigents: et l'on voit l'institution se développer d'une manière constante.
Un mandement de Louis XIII, du 27 août 1612, créa pour Paris, sous la dénomination d'hôpitaux enfermés, des établissements qui ont quelque analogie avec les dépôts actuels de mendicité. - Dirieu et Roche. Etablissements de bienfaisance. Ve Dépôt de mendicité.
L'édit de juin 1662 prescrivait l'établissement d'hôpitaux généraux dans les provinces, et ordonna que les mendiants y fussent enfermés et occupés à divers métiers. Cet ordre fut renouvelé par la déclaration du 23 mars 1720.
L'une des principales est la déclaration du 18 juillet 1724 qui condamnait, en cas de mendicité, pour la première fois, savoir: les hommes valides, aux galères au moins pour cinq années, et les femmes ou les nommes invalides, au fouet dans l'intérieur de l'hôpital et à une détention dans l'hôpital général, à temps ou à perpétuité, suivant l'exigence des cas, c'est-à-dire lorsque les mendiants demandaient l'aumône avec insolence ou se disaient faussement soldats ou contrefaisaient les estropiés, ou étaient porteurs d'armes de toutes espèces. Ces dispositions ont été renouvelées par une déclaration donnée à Fontainebleau, le 20 octobre 1750.
La Convention organisa un système d'assistance publique où l'Etat prenait pour lui le soin de secourir tous les malheureux sans distinction. Assumant cette charge, l'Etat devait logiquement bénéficier des ressources correspondantes. Aussi le patrimoine des Etablissements charitables lui fit-il recours; les biens des hôpitaux furent nationalisés et les établissements charitables ayant une personnalité propre supprimée.
En 1807, Napoléon préoccupé des moyens d'éteindre la mendicité ordonna, par décret du 18 septembre, l'établissement d'un dépôt de mendicité dans le département de la Côte-d'Or. Tout mendiant arrêté devait y être conduit, quels que fussent son âge et son sexe, pour être nourris et assujettis à un travail conformément au règlement.
Enfin. de nos jours, nous constatons que la législation de la mendicité se trouve prévue dans le Code pénal aux art. 274 et 282.
Le Code pénal a fait de la mendicité un délit. Les tribunaux répressifs en connaissent et appliquent aux prévenus reconnus coupables les peines prononcées par la loi Mais, d'un autre côté, une fois que la peine est subie, le mendiant demeure à la disposition de l'autorité administrative, qui peut le faire conduire dans un dépôt de mendicité.
La répression d'un tel délit est sans limite. Le mendiant peut être condamné à six mois de prison, et, au moment de sa libération, l'autorité administrative a le droit de s'emparer de sa personne et de l'enfermer dans un dépôt de mendicité pour un temps indéfini. Il est vrai que l'Administration n'use pas, ou use très parcimonieusement de cette faculté, et il en résulte que le mendiant, placé dans des conditions identiques à celles qui lui ont fait commettre le premier délit, est conduit fatalement à la récidive.
Il faudrait que les dépôts de mendicité n'acceptent pas les mendiants pour les relâcher au bout de quatre jours, et que la justice devant laquelle ils peuvent être traduits ne les remette pas sur la voie publique immédiatement.
Il est donc nécessaire de définir légalement la mendicité. et de distinguer dans cette définition le malheureux du professionnel.
La troisième section du Congrès pénitentiaire, tenu à Paris, a étudié la question du vagabondage et de la mendicité et, dans sa séance du 8 juillet 1895 a formulé les conclusions suivantes :
1° La société a le droit de prendre des mesures de préservation sociale, même coercitives contre les mendiants et les vagabonds. A ce droit correspond le devoir d'organiser suivant une méthode rationnelle. l'assistance publique, les secours privés et le patronage;
2° Il y a lieu de traiter différemment les mendiants et les vagabonds, suivant qu'il s'agit:
a) D'indigents invalides ou infirmes ;
b) Des mendiants ou vagabonds accidentels;
c) De mendiants ou vagabonds professionnels.
Les premiers doivent être assistés tant qu'ils n'ont pas recouvré la force nécessaire pour retrouver des moyens d'existence. Les seconds relèvent de l'assistance publique ou, privée et doivent être recueillis dans des refuges ou stations de secours méthodiquement organisés où le travail sera obligatoire. Les troisièmes doivent être l'objet d'une répression sévère de nature à empêcher la récidive.
Toute cette cohorte de mendiants déshonore une ville comme Paris; l'Administration doit prendre des mesures énergiques pour faire cesser cet état de choses si préjudiciables au bon renom de la Cité.

Les «Clochards» et les «Pégriots»


retour 17 janvier 1926

Les «Clochards» et les «Pégriots»

Il est regrettable que les étrangers qui visitent le quartier de la Sorbonne se contentent d'aller voir les clochards. Ils feraient bien mieux d'aller voir ce que font les savants dans les laboratoires du Collège de France ou de la Sorbonne; ils feraient bien mieux de s'intéresser aux résultats des lycées qui se trouvent dans le Quartier ou d'aller feuilleter un peu les bouquins de la bibliothèque Sainte-Geneviève ou encore de visiter le Panthéon, qui est le temple de nos gloires nationales.
Dans ce quartier, foyer de l'Université et centre intellectuel de Paris, dans ce quartier où certains étudiants meurent littéralement de faim ou presque, ce sont les clochards que les étrangers vont voir. Ils s'en vont ensuite chez eux en disant que Paris est la seule ville où l'on puisse voir pareille chose. En effet, à Londres, où ce mal existait il y a quelques années encore, on a mis le fer rouge dans la plaie et on est arrivé à le supprimer.
On appelait clochard ceux qui «battaient la cloche», c'est-à-dire «dormaient à la corde». Coucher à la corde consistait à aligner les locataires sur une immense planche recouverte'de paillasses, la tête de la paillasse reposant sur une corde et lorsque l'heure du travail. deux heures du matin, était arrivée, on enlevait la corde. Les paillasses tombaient et les clochards se... réveillaient. Par ailleurs, le moyen employé était un peu moins vif. Ils étaient réveillés par le son d'une cloche pour aller au travail. De là l'expression «clochard». Il n'y a plus de cloche maintenant, mais le nom est resté. Certains les appellent des «claudots», des «pégriots», ou des «sous- hommes».
Les clochards ont aujourd'hui conquis tous les quartiers de Paris, mais on les rencontre surtout sur les hauteurs des Gobelins où ils ont envahi ce quartier, notamment la rue des Cordelières. Il y a là une œuvre de l'Armée du Salut qui en loge plus de trois cents.
Il serait à souhaiter que des œuvres de ce genre soient généralisées dans Paris, car cela nous éviterait de contempler l'affreuse misère de ces gens, qu'ils soient coupables ou non.
Il existe dans certains quartiers une misère vraiment profonde, surtout chez les vieilles femmes. Les journaux de toutes opinions se sont d'ailleurs occupés de cette question. C'est ainsi que L'Œuvre en avait inséré un autre des plus intéressant. Il y a deux catégories de «clochards».
La première composée d'une population étrange, crapuleuse et qui semble inerte, repue de misère et de son vice.
La seconde formée d'une agglomération de malheureux que le chômage, la cherté de la vie et des loyers, l'exil de leur patrie, ont précipités dans cet enfer du Dante! Ils vivent là, pauvres épaves de la vie, en plein centre de Paris, dans ce beau quartier Latin, près de la Haute-Sorbonne, Collège de France, de l'Ecole Polytechnique. des Facultés, de nos plus grands collèges et lycées et à proximité du Panthéon, temple des gloires les plus illustres dont s'honore la France.
C'est là !
Une population vit et grouille, lamentable. Et comment espérer qu'elle puisse sans mesures énergiques se relever de ses misères ou de sa déchéance, de l'atroce et lourde endémie de paresse où elle est tombée.
Regardez-les donc !
A travers les vitres embuées, les voici : hommes, femmes, affalés pêle-mêle dans leurs bars. Les uns exténués de fatigues et de privations, les autres abrutis par l'absorption à fortes doses de vin rouge dont les litres trainent sur les tables, mornes, hébétés, ils regardent... ou ils rêvent. Certains dorment, enveloppés de haillons et leur sommeil lourd et agité durera jusqu'à la fermeture... deux heures du matin.
Car c'est ainsi!
Et la clarté brutale des lampes révélant toute l'âpreté de leur misère, toute l'ignominie de leur détresse, ne les effraie point. Ils sont là chez eux, qui oserait les déloger ?
...Entrons. Une odeur fade et repoussante, une odeur de tabac, de sueur et... de vermine! Les «clochards» n'en sont-ils pas tous couverts!
Un mouvement continu près du comptoir, où les mains se tendent pour prendre de quoi boire.
Parfois, on interpelle, d'un mot rapidement jeté, et l'on se rassemble en un mystérieux conciliabule.
Puis on va s'asseoir dans un coin, on trinque, on s'énivre, on dort.
D'autres sont là, ressassant dans leur esprit mille pratiques ingénieuses pour vivre sans travailler. Et, lorsqu'après avoir longtemps réfléchi, une aubaine leur apparait possible, un «coup» leur semble opportun, un rictus plisse leurs lèvres et une lueur rapide éclaire un instant leurs yeux sombres.
De quoi vivent-ils ? Peu le savent. Certains mendient, d'autres font mille petits métiers qui ne nourrissent pas leur homme. Chacun se débrouille.
Hommes-sandwichs, porteurs aux halles, commissionnaires dans les gares, chiffonniers, rauques porteurs de journaux, vieilles hétaires ou pauvres vieilles tombées dans une détresse profonde, personnages interlopes et sidis, voilà les «clochards», ceux qui «filent la cloche». (A suivre.)