| Le Petit Parisien - 15 janvier 1926 |
POUR ET CONTRE
De jeunes écrivains ont fondé le groupe des «Moins de trente ans». C'est un groupe fort sympathique, assurément. Avoir moins de trente ans, c'est, en effet, bien agréable. Seulement, ça ne dure pas très longtemps et mes jeunes confrères en seront réduits bientôt à se féliciter d'avoir moins de quarante ans. Et puis, moins de cinquante. Ils verront. Ça va très vite.
En attendant, je le répète, leur petite association est charmante. Je ne peux pas en dire autant du groupement des «Moins de vingt ans» qui vient d'être constitué, sans publicité aucune, par certains morveux tragiques. Les «Moins de vingt ans», qui ne sont pas précisément écrivains, ont cependant tous les jours leurs noms dans les journaux. Les «Moins de vingt ans» tuent pillent, cambriolent et assassinent.
Les trois vauriens qui ont étranglé le petit garçon boucher sont des «Moins de dix-huit ans». Les bandits de Cormeilles n'avaient pas vingt ans non plus. La plupart des voleurs qu'on arrête ont l'air d'enfants de choeur, ce qui prouve manifestement que le voleur n'attend pas le nombre des années. Un de ces jours, un nourrisson coupera sa nourrice en morceaux pour lui chiper ses boucles d'oreilles en doublé et son porte-monnaie. Ce n'est pas très drôle.
N'est-ce pas notre faute aussi, notre très grande faute, si les «Moins de vingt ans» commettent tant de sangiants exploits. L'école est trop chère, l'école est souvent trop loin, les parents sont trop souvent obligés de quitter le foyer de l'aube au soir pour gagner leur pain. Les gosses sont livrés à eux-mêmes, c'est-à-dire abandonnés. L'initiative du brave gendarme d'Esbly qui, voyant rôder deux gamins, les a, de sa propre autorité, interrogés et arrêtés capturant ainsi deux des assassins du petit boucher, est un fait unique. D'habitude, les moutards ont toute licence pour courir et flâner où ils veulent. Personne ne songe à leur demander ce qu'ils font, et pourquoi ils ne sont ni à l'école ni à l'atelier. Ils fument, ils boivent, ils vont danser, ils vont comme des messieurs
Il faudrait veiller, et sérieusement, sur les «Moins de vingt ans». Cela coûterait moins cher que de les entretenir après le crime, au bagne ou à Fresnes.
Maurice PRAX.
| retour 15 janvier 1926 |







































































