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Le Gaulois - 31 janvier 1926


CONCERTS & VIRTUOSES

La première place appartient, dans les manifestations musicales de ces derniers temps, à un chef d'orchestre, M. Walther Straram qui s'est acquis, depuis longtemps, la sympathie des artistes par la fidèle affection qu'il porte à la musique. Cette sympathie s'est encore accrue par le désintéressement exemplaire avec lequel M. W. Straram sert précisément les productions musicales de toutes les écoles, de toutes les époques, de toutes les tendances, et les virtuoses de tous les pays.
M. Straram vient de grouper la fine fleur des instrumentistes que possède Paris. Il a formé ainsi un des plus merveilleux orchestres qu'ait jamais connus la Ville Lumière; le talent individuel et les qualité de l'ensemble en sont remarquables. La richesse et l'ampleur de sonorité des «cordes», l'éclat et la vigueur des «cuivres», l'accent délicat et expressif des «bois»; tout y est groupé avec un discernement et une discipline parfaits. M. Straram lui-même est un musicien de premier ordre. Le caractère plastique de la direction le préoccupe moins que la préparation attentive, fidèle, intelligente qu'il donne à ses exécutions. Ceux qui l'ont vu travailler à ses répétitions sont émerveillés de sa vivante compréhension musicale, de ses fines recherches pour mettre en lumière le moindre trait, pour assurer à l'œuvre le relief nécessaire à la réalisation de la pensée sonore.
Nous eûmes à la première séance une exécution exceptionnellement belle de la Symphonie en sol mineur de Mozart; pleine de verve et d'un lyrisme captivant. Nous avons infiniment goûté son interprétation personnelle du premier mouvement et sa manière de nous laisser en suspens par ce minuscule rallantando, faisant ainsi désirer la répétition de l'exposition de l'idée initiale. Voilà un fait inaccoutumé et cependant d'une heureuse trouvaille qui, applicable pour les œuvres classiques de l'époque de Haydn, Mozart, rendrait la «reprise» plus acceptable de nos jours.
M.Straram a conduit avec une pénétrante poésie l'Andante de cette symphonie; il a exprimé la grâce enjolivée du Menuet et la vivacité joyeuse du Finale. Il a réalisé aussi une noble évocation des Images pour orchestre, de Claude Debussy, œuvre si rarement entendue dans son intégralité.

Une place a été ménagée sur les programmes de ce concert à M. Vittorio Rieti de qui M. Straram nous a fait entendre des fragments du ballet de l'Arche de Noë. Cette première audition confirme les remarquables dons du jeune musicien italien, un des derniers venus parmi les nouveaux compositeurs transalpins.
Cette musique ne vise nullement à l'étrangeté, à l'atonalité et à la recherche des effets inédits. Elle est fort sage, sans profondeur, pleine de poésie et d'un pittoresque qui marque un point d'ironie séduisant. M. Straram a dirigé cette page avec un sens artitistique toujours en accord avec l'esprit et le pouvoir de la musique,

La première place appartient aussi à une jeune violoncelliste, Mile Raya Garbousova, qui vient de faire son début à Paris. Le triomphe qu'elle a remporté à ses trois séances données à la salle Comoedia devant un public enthousiaste nous rappelle les débuts de certains grands maîtres de l'archet, d'un Casals, d'un Georges Enesco ou d'un Jacques Thibaud.
On acclamait en Mlle Garbousova non pas l'enfant prodige, car cette jeune violoncelliste n'a guère que quinze ans, mais une artiste vraie, où le don, la musicalité, l'intelligence, la virtuosité révèlent déjà une personnalité riche, une nature exceptionnellement douée. Son interprétation reflète une telle maturité d'esprit, une sensibilité si aigue, d'une pureté de son si rare, qu'on ne rencontre guère toutes ces qualités réunies même chez les plus illustres meneurs de l'archet. La façon dont Mlle Garbousova a joué les Concerto en ut et en ré de Haydn, les Concerto en la de Saint-Saëns et celui d'Eugène d'Albert; les Sonates de Locatelli, Eccles, etc., était assurément l'identification même de la pensée créatrice. Le succès de cette jeune virtuose a été au second concert aussi considérable qu'à son début devant nous.

Cette semaine appartenait encore à l'art pur du bel-canto.
Mme Ninon Vallin s'est fait entendre dans un récital de chant à la salle Gaveau avec un programme laissant une large part à la musique ancienne: Monteverde, Pergolèse, Haendel. Dans l'air de Momus (défi de Phébus et de Pan) de Bach, elle a donné aux vocalises, une ampleur, une finesse, un coloris dans les arabesques qui prouvent s sa maîtrise incomparable et une technique singulièrement déliée.
M. Ch. Panzera réserve son programme à l'audition intégrale des mélodies de Duparc. Il a magnifiquement chanté, avec une intensité expressive, les rages immortelles du maître de Phydillé.
Mme Suzanne Dispan de Floran excelle avec art et finesse dans des œuvres classiques et modernes. Sa voix d'une qualité rare a de l'éclat à l'aigu; et la technique de cette cantatrice est excellente.
Signalons pour terminer cette chronique, le récital de Mlle Beatrice Harrison, violoncelliste parfaite, dont la virtuosité brillante est mise au service de la meilleure musique; celui de M. Anton Bilotti, pianiste, expressif, qui joue Bach, Haendel, Mendelssohn, et ses propres compositions, avec une musicalité fine et un coloris poétique pénétrant. Le succès de M. Bilotti a été très vif devant un auditoire enthousiaste.

S.-G. Lagarde


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