| Le Matin - 31 janvier 1926 |
LA TERRE GRANDIT-ELLE ?
Curieuse théorie d'un précurseur de Wegener.
«Le monde est petit!» dit, à tout propos, un personnage des Transatlantiques. Mais ne s'aviserait-il pas de grandir ? C'est la très curieuse question que s'est posée M. R. Mantovani.
Les lecteurs du Matin connaissent la théorie de Wegener, qui leur a été exposée dès 1924 et qui conçoit la sphère terrestre comme composée d'éléments superposés de densité différente. Au centre, une masse fluide, en ignition; à sa périphérie, une masse visqueuse sur laquelle flottent, comme des îles mouvantes, les blocs s solidifiés des continents. Or, à l'origine, entouré de l'énorme océan de la préhistoire, aurait existé un continent unique qui, zébré de cassures profondes, laissa dériver ses régions dissociées. Ce continent s'ouvrit comme un éventail. Rabattez les côtes des trois Amériques le long des côtes de l'Europe et de l'Afrique, tout s'emboîte, en effet, comme les pièces d'un puzzle pour géants. Il en est de même de l'Asie, si l'on ramène son littoral le long de la côte orientale de l'Afrique en entraînant le grain de sable de l'Australie et toute la poussière d'iles océaniennes. Et ainsi s'expliqueraient, entre continents lointains, d'étroites parentés d'éléments géologiques, des similitudes troublantes des flores et des faunes fossiles et actuelles, l'énigme de la dispersion des gites carbonifères originellement distribués sur la ligne de l'équateur, voire enfin ces parentés ethniques que se refuse encore à légitimer l'histoire et qui font que les sculptures des vieux Mayas du Honduras, par exemple, sont décorées de trompes, alors qu'on ne retrouve là-bas aucune trace d'éléphants ni de leurs ancêtres mammouths.
M. R. Mantovani est beaucoup plus audacieux dans ses hypothèses, qui sont bien antérieures à celles de Wegener et connues de rares initiés.. C'est dès 1878, à l'ile de la Réunion, que M. R. Mantovani, nota, dans le Ola rivière de Saint-Denis, la possibilité d'emboîter absolument l'une dans l'autre les berges opposées, comme les mâchoires d'un piège à loups. Il étudia bien vile les ri- vages de tous les océans du globe et nota toujours la même caractéristi- que les terres adjacentes peuvent toujours, si on les rapproche sur une carte, s'encastrer exactement les unes dans les autres. Il s'en ouvrit, en 1884, à Camille Flammarion qui l'encouragea, et, en 1889, dans une communication précise à la Société des sciences et arts de la Réunion. Enfin, dans un bref article, le géologue R. Bourcard, professeur à la Sorbonne, confirmait la priorité de la théorie de Mantovani sur celle de Wegener. Mais la particularité de la première, sur laquelle on n'a jamais insisté, réside en ceci M. Mantovani signale que, si les côtes des Amériques et de l'Asie peuvent se rabattre sur celles de l'Afrique, il en est de même, à l'opposite, de celles des Amériques et de l'Asie.
Dès lors, il émet l'hypothèse, à l'origine des mers et des continents, d'une terre plus petite que la terre actuelle, qui aurait éclaté sous la pression de la masse gazeuse intérieure et se serait ouverte, en quelque sorte, comme une fleur dont le pôle nord serait le pédoncule.
Tous les développements de la théorie de M. Mantovani sont logiques dans leur ingéniosité. Il les a illutrés par l'expérience, au moyen d'une sphère dilatable revêtue. Et ils aboutissent à cette conclusion qui expliquerait bien des séismes, que la terre est un astre en pleine croissance et qu'il en est peut-être de même des mondes qui évoluent autour de nous.
P. G.-V.
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