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La Lanterne  - 31 janvier 1926


La Lanterne 1926 01 31 Les faits et les idées. Un scandale place Vendôme

LES FAITS ET LES IDÉES
Un scandale place Vendôme !…

Il m'a déjà été donné, au cours de précédents articles, d'attirer l'attention du public et des parlementaires sur la situation qui était faite à la magistrature française... Et à cet égard, je fournissais des chiffres comparatifs, dont la simple lecture contenait en elle-même son éloquence...
Après bien des tergiversations, après d'innombrables projets et contre-projets, la commission Trépont, laquelle est chargée d'étudier les demandes d'augmentations formées par les diverses catégories de fonctionnaires, la commission Trépont, dis-je, a enfin abouti à un projet qui, s'il ne donne pas toute satisfaction aux magistrats de France, leur permet du moins d'espérer une amélioration sensible de leur sort.
Donc, en principe, tout marcherait autant qu'il est permis d'employer cette expression si le ministère de la Justice ne comptait pas parmi les fonctionnaires de son département, ceux de l'Administration centrale (place Vendôme), et parmi ceux-ci, un petit nombre de fonctionnaires d'une catégorie toute spéciale, fonctionnaires auxquels on a décerné, d'ailleurs bien à tort, le titre impropre de «rédacteurs»
Or, qu'advient-il des malheureux «rédacteurs» de la chancellerie, pour employer l'expression consacrée ?
Dérision des dérisions !
Avec le projet de la commission Trépont, non seulement ils ne voient pas augmenter leurs appointements déjà bien modestes, mais encore ceux-ci subissent une diminution ! Cela paraît incroyable, mais c'est ainsi... Et voici comment.
La chose est simple: le traitement de base des «rédacteurs». à la chancellerie, qui était auparavant de 11.000 francs, est porté par la fameuse commission susdite, à.... 10.200 fr.. Pourquoi cela ?
Parce qu'il y a assimilation entre les «rédacteurs» à la chancellerie et les rédacteurs des autres ministères, des Postes, de la Ville de Paris, etc.., etc...
Rien de plus juste, dira-t-on.
Hélas! il n'y a pas de plus grande injustice !...
Car, en dépit de leur appellation identique, un abîme sépare les «rédacteurs» de la chancellerie et ceux des autres administrations centrales...

Dans celles-ci, en effet, des jeunes gens dix-neuf a vingt ans, non bacheliers fort souvent, parviennent au rédactorat après un concours relativement facile...
Or, sait-on la filière qu'il faut suivre pour devenir «rédacteur» à la chancellerie ? La voici, licence en droit obligatoire; stage de deux ans en qualité d'avocat ou d'attaché au Parquet; examen professionnel de la magistrature; nouveau stage de deux ans comme juge suppléant ou attaché titulaire, à moins d'être pourvu du diplôme de docteur en droit; et enfin, concours très difficile, dans lequel s'il n'y a pas mal d'appelés, il n'y a guère d'élus (deux ou trois par an...).
Est-ce donc un principe de justice que d'assimiler ces fonctionnaires à leurs homonymes des autres ministères ?
Mais parce que les «rédacteurs» à la chancellerie ne sont qu'une quinzaine, on en profite pour les brimer...
Et d'ailleurs, si le titre a tant d'importance, pourquoi ne le point changer, et ne pas le remplacer par celui de «maître de requêtes à la chancellerie», ou autre chose d'équivalent ?... Rien n'est plus simple... Car le système actuel aboutit à cette anomalie et je suis modeste de voir que pour pouvoir se présenter au concours de «rédacteur» à la chancellerie, il faut être au moins juge suppléant au traitement de 11.000 fr., et ne plus toucher, en cas de réussite, que 10.200 fr. De telle sorte que le candidat qui aura échoué, sera nommé juge ou substitut aux appointements de 12.500 francs, alors que l'heureux lauréat attendra ce traitement pendant quatre ans, place Vendôme...
Le sésultat est d'un ridicule à faire pleurer...
A l'égard des «rédacteurs» de la chancellerie, c'est une véritable injustice, qui ne saurait être tolérée...
Nous faisons appel à la droiture de M. le garde des sceaux pour qu'il mette enfin bon ordre à ce scandale et qu'il intervienne personnellement, afin que soit réparée cette criante injustice vis-à-vis de quelques-uns de ses meilleurs collaborateurs.

Pierre de la CHASSAIGNE.


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