| La Justice - 07 février 1926 |
Foire aux incompétences !
Depuis plus d'une semaine la Chambre discute les projets financiers qui doivent assainir la situation et revaloriser le franc.
La discussion a déjà montré qu'on se trouvait, au Palais-Bourbon, en pleine foire des incompétences. Les projets les plus cocasses comme les plus simples se heurtent à une incompréhension générale de la situation et à des partis pris complètement opposés à l'intérêt général. Résultat à ce jour : des averses de discours inutiles et du temps perdu. Le plus drôle, c'est que le gouvernement déclare avoir besoin d'argent tout de suite et qu'il ne sait lui-même comment s'y prendre pour en avoir, en dehors des poires qui ont l'habitude de lui en donner.
On sait qu'il y a des millions d'individus ne payant pas d'impôts, sur le revenu, tout simplement parce que ces malins peu scrupuleux n'ont point fait de déclaration et que le fisc, pratiquant la politique du moindre effort, ne se donne pas la peine de faire des recherches. Comme on proposait d'imposer la déclaration obligatoire pour tous le ministre des Finances a levé les bras au ciel en déclarant que ses agents perdraient la tête s'il leur arrivaient des millions de déclarations et que ces malheureux avaient assez de celles des déjà assujettis. C'est formidable! Comment ferait-on si les millions d'individus se dérobant à l'impôt s'avisaient, par un tardif scrupule d'honnêteté, de vouloir payer l'impôt et déclaraient leurs revenus ?
La cour du roi Petaud n'avait encore rien vu de pareil !
Les commerçants et les poires de M. Loucheur sont aux yeux du gouvernement les seules têtes de turc toujours bonnes à frapper. Et nos députés sont tellement inconscients que la vie chère n'est pour eux qu'un prétexte à augmenter leur indemnité.
La petite manifestation des commerçants de la rue Saint-Honoré fermant l'autre jour leurs boutiques pendant une heure pour protester contre les nouveaux impôts, devrait les avertir que le public n'est pas loin de se fâcher et même de chambarder. L'exemple peut être suivi et même durer plusieurs jours comme nous avons entendu plusieurs commerçants le proposer.
Ça pourrait devenir grave et cependant vous verrez que nos médiocrités parlementaires seront assez bêtes pour, jusqu'à, la catastrophe, ne tenir compte de rien et continuer à barboter dans leur mare sous une pluie de discours pour la plupart aussi bêtes qu'eux, naturellement !
| retour 07 février 1926 |







































































