| La Lanterne - 07 février 1926 |
L'Agence télégraphique hongroise a demandé au baron Perenyi pourquoi il n'avait pas pris l'initiative de publier les lettres échangées entre le comte Bethlen et lui. Le baron Perenyi a répondu :
«Je n'ai pas publié ces lettres tout simplement pour cette raison que le président du conseil ne m'y avait pas autorisé et avait exprimé le souhait qu'avant leur publication, l'affaire des lettres fût éclaircie devant la commission parlementaire.
« Ces lettres ayant été maintenant publiées à l'étranger, je considère, moi aussi, qu'il est nécessaire de publier les deux lettres dans le texte original,»
Les traductions publiées par l'agence hongroise ne diffèrent pas sensiblement de celles que nous avons reproduites hier.
Le baron Perenyi a ajouté :
«Quoique je susse bien que l'Union nationale ne s'occupait pas de telles menées criminelles, je poursuivis mon enquêtes, et je réussis à apprendre confidentiellement qu'il y avait en effet quelques personnes ou une Société qui s'occupaient d'un tel projet et que le chef de la police, M. Nadossy, en avait été informé.»
« Je priai le secrétaire d'Etat, le baron ma lettre Georges Pronay, de remettre adressée au président du conseil, M. Pronay me communiqua dès ce moment qu'une entrovue personnelle avec le président du conseil était à peine possible, parce qu'il ne rentrait que le jour suivant à midi et partait dès l'après-midi pour Genève.
«En réalité, je ne pus causer avec le comte Bethlen. Cependant, le jour suivant je rencontrai M. Pronay qui me communiqua avoir transmis ma lettre et avoir reçu du comte Bethlen l'instruction de faire parvenir des ordres sévères à M. Nadossy pour contrecarrer un tel projet si réellement il existait, M. Nadossy ayant effectivement reçu cet ordre, je considérai que l'affaire était définitivement réglée car je n'aurais jamais supposé, pas plus que le président du conseil, que le chef de de la police fût participant à une entreprise aussi insensée.
Commentaires de presse
Budapest, 6 février. Les lettre échangées entre le comte Bethlen, premier ministre hongrois, et le baron Perenyi au sujet de l'affaire des faux billets de banque, suscitent de vifs commentaires dans les cercles politiques et dans la presse.
L'opposition veut profiter de cette affaire pour renverser le gouvernement hongrois actuel tandis que le parti gouvernemental contient unanimement le comte Bethlen et souligne qu'il est le seul homme capable de liquider entièrement l'affaire de falsification de billets sans que les intérêts du pays soient menacées.
La publication dans le Pester Lloyd d'un éditorial dû à la plume du comte Emerich Karolyi qui insiste sur la nécessité de la démission du gouvernement, a provoqué une grande sensation, non pas à cause de la personnalité du comte Karolyi qui n'est pas un homme politique en vue, mais plutôt à cause de sa publication dans ce journal sérieux. L'opinion publique est cependant d'avis que le temps n'est pas encore venu pour exiger qu'un compte soit rendu de la responsabilité politique dans l'affaire. Ce n'est que lors de la présentation de la commission parlementaire que cette responsabilité pourra être établie.
Dans les cercles gouvernementaux on considère que la position du gouvernement demeure ferme tant au point de vue de la politique extérieure que de la politique intérieure, et qu'un affaiblissement de sa situation entraînerait des conséquences graves.
La presse à imprimer
La machine à imprimer dont nous avons annoncé hier la découverte à l'Institut cartographique de Budapest a été fabriquée à Leipzig. C'est une machine à platine comme on emploient les imprimeries où l'on fait des tirages en couleurs.
Uné perquisition a été effectuée, en présence d'un maître ouvrier, détenu, lequel a fourni toutes les explications techniques, en établissant qu'il a monté lui-même la machine et a effectué le tirage des billets. Pour les opérations clandestines de tirage, la machine avait été montée dans une pièce spéciale.
Cette machine n'est pas mentionnée dans l'inventaire de l'Institut. Il ne fait aucun doute qu'elle a bien servi au tirage de la totalité des faux billets; elle n'a pas été détruite, probablement en raison de ses grandes dimensions, mais les intéressés ont fait disparaître son numéro, rendant difficile ainsi la fixation de la date de l'achat et de la personnalité des acheteurs. On espère cependant faire la lumière sur ces points.
Les recherches de la police française portent surtout maintenant sur les origines, les éléments et la fabrication du papier. Un dessinateur qui a participé à cette fabrication a été longuement entendu hier.
Quant à la machine qui a été trouvée démontée, il y a quelques semaines, chez un marchand de ferraille, elle est, selon les constatations des experts, un moulin à cylindres d'usage courant pour fabriquer, cribler et remuer la pâte à papier.
La police a interrogé en présence des délégués français, le secrétaire du prince de Windischgraetz, Raba. Les questions ont porté principalement sur les relations de Raba avec des étrangers, notamment avec le nommé Schultze; Raba aurait été en rapports avec Schultze et aurait entrepris aver lui un voyage à Berlin.
M. Szvertsey, secrétaire de la Fédération nationaie, a refusé de déposer devant les policiers français.
L'enquête se poursuit
Les interrogatoires auxquels procède la police se poursuivent en présence des délégués français. Ils n'ont abouti à aucun résultat décisif. Cependant un des inculpés a avoué que le papier a été fabriqué à Budapest et que la fabrication avait duré 30 jours.
| retour 07 février 1926 |







































































