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L'Humanité - 07 février 1926


L'Humanité 1926 02 07 Les importateurs de blé mangent le pain des petites gens

Les importateurs de blé mangent le pain des petites gens

Il y a en France un marché des blés qui se fait :
1° par les bourses où le marché est réglementé, portant spécialement le nom de marché à terme et qui sert aux couvertures; c'est en système capitaliste une assurance contre les prix:
2° par le marché réglementé qui, en principe, ne diffère pas des autres, mais n'est pas réglementé.
Le nom de marché libre désigne plus spécialement celui qui se tient autour de la Bourse de Paris, dans les rues et chez les marchands de vin. Mais il y en a partout en France, car partout on fait des marchés à livrer dont les marchés à terme de la Bourse ne sont que des marchés réglementés,
Sur le marché libre, on fait tout ce qu'on veut. Les courtiers -nous l'avons vu- y font notamment de la contrepartie. Celle-ci s'opère de deux manières.

Les pièges du contrat Caf anglais
Les marchés à livrer. ont donné lieu à d'importantes affaires au moment des importations de blés exotiques. Ces marchés ont été l'objet de contrats maritimes dits contrats Caf. On a expliqué ce mot qui veut dire que le blé voyage de l'étranger en France aux frais de l'acheteur..
Mais les importateurs ont changé la nature de ce contrat. Il ne sert plus à vendre du blé, mais les documents qui le représentent : le connaissement maritime et le contrat d'assurance.
Dans le contrat Caf, on vend suivant certaines clauses, entre autres la clause compromissoire d'après laquelle les parties s'engagent, en cas de difficulté, à aller en arbitrage à Londres, devant un organisme qui s'appelle le London Corn Association.

Comment on ruine les ignorants
Le scandale des blés exotiques de 1924-1925 porte sur les contrats de Lon-dres qui ont servi à commettre des escroqueries.
Le blé ne joue un rôle qu'au début et à la fin de l'affaire; il sert à émettre les documents et à forcer le dernier acheteur à prendre livraison. Dans l'intervalle, on a vendu et racheté les documents autant de fois qu'on a voulu. Les importateurs, par l'intermédiaire de courtiers les ont ainsi vendus plusieurs fois, les rachetant en baisse, les revendant en hausse et gagnant. Les courtiers les plaçaient à des gens incapables d'y rien comprendre et très souvent d'en prendre livraison. Quand le courtier vendait, il vendait par un engagement aux termes du contrat Caf de Londres sans présenter ce contrat. Et comme celui-ci tient en deux pages serrées de papier ministre, rédigées en un anglais commercial difficile à comprendre, quel petit meunier, quel cultivateur, quel petit boulanger y aurait compris quelque chose! Ils en ont vendu à des chefs de claque, à des marchands de tabac, à des antiquaires !
Lorsque l'importateur ne rachetait pas les contrats, il affolait le malheureux qui devait prendre livraison le dernier, en le menaçant de plaider à Londres où il est tout puissant et ce qui coûte fort cher. L'autre affolé demandait grâce. On réglait à une somme déterminée. L'importateur faisait signer à sa victime une ou plusieurs acceptations représentant la somme soi-disant due. Alors il le poursuivait en paiement des traites et non plus à Londres mais en France. Il les mettait en faillie. Certaines petites gens, chargées de centaines de mille francs, vont ainsi travailler pour les importateurs de blé le reste de leur vie.

L'internationale capitaliste
Le plus beau de l'affaire, c'est que les importateurs qui se sont fait courtiers de leurs propres maisons à l'étranger échappent à la loi française. Le courtier opérant pour sa maison d'importation établie à Londres ou à Buenos-Ayres se réclamait de la nationalité anglaise ou argentine, n'étant plus justiciable, que de l'arbitrage de Londres, seul endroit où se tranchent les litiges concernant les céréales Au demeurant, ils sont en politique les plus enragés nationalistes! Nous examinerons comment les importateurs, à l'aide de la clause compromissoire arrachée à la servilité du Sénat, ont pu rendre légale une telle injustice.

J. V.


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