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La Lanterne - 07 février 1926


La Lanterne 1926 02 07 Les lettres politiques de Maurice Barrès

Les Tribunaux
Les lettres politiques de Maurice Barrès

Le substitut Lamothe a donné ses conclusions dans le procès intenté au commandant Caplain et à l'éditeur Goulet par Mme Maurice Barrès et son fils Philippe, à raison de la publication sans leur autorisation des lettres politiques de Maurice Barrès.
Le substitut Lamothe a conclu au bien fondé de la requête de la famille Barrès en droit et au fond.
Examinant successivement tous les moyens évoqués par l'éditeur et le commandant, le substitut les déclare inopérants.
Au point de vue de la fameuse question de la propriété des lettres, il rappelle que la jurisprudence l'a tour à tour attribuée au destinataire ou à l'expéditeur, ou à tous les deux.
En l'état, on admet aujourd'hui que le destinataire a le droit de publier les lettres à lui adressées, que celles-ci lui appartiennent. Mais il ne peut en user qu'avec le consentement de l'auteur qui a droit de veto.
«Les lettres, a dit Lamartine, sont une manifestation confidentielle où l'homme et non plus l'écrivain se confie. C'est là non une propriété, mais une personnalité qui doit être défendue.»
Le substitut estime que l'interdiction demandée par la famille de Barrès n'est pas arbitraire ni outrancière.
Une famille a le droit de s'élever contre une publication qui lui porte préjudice. Lorsqu'il a demandé l'interdiction, Philippe Barrès était candidat ; les lettres, celles à M. Vaugeois surtout, pouvaient le gêner. Bien certainement son père se fût opposé à leur publication. C'est donc le droit du fils et il ne fait que traduire la volonté paternelle.

Un autre argument invoqué est les droits de l'Histoire.
Nous avons le droit de tout savoir de la vie, des pensées, de l'œuvre des hommes entrés dans l'Histoire. Barrès est de ceux-là.
Non, répond le substitut, les droits de 1'Histoire s'arrêtent devant le sanctuaire de la vie privée. L'intérêt de la famille doit être défendu contre la publicité.
Et, lisant une magnifique page de Barrès sur la continuation et la perfection de la race, le subsitut termine :
Je conclus en faveur de la famille Barrès, parce que je suis convaincu que, comme son fils, Maurice Barrès n'eût pas voulu encore cette publication de ses lettres. Et cette conclusion pour moi vaut tous les arguments de droit.
En conséquence, la 3è chambre a interdit la publication des lettres, mais les héritiers. n'ont pas obtenu les dommages-intérêts qu'ils réclamaient ni l'insertion du jugement.


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