| L'Homme Libre - 07 février 1926 |
Les prérogatives de la femme-médecin
Le mariage est chose grave et qui demande réflexion... surtout quand on épouse une féministe. Preuve cette édifiante histoire que nous conte M. Mahutte, dans la Meuse, de Liége.
Alice et Lucien avaient reçu à peu près simultanément, le coup de foudre. Elle était docteur en médecine (doctoresse ne figure pas au dictionnaire); il était rentier, simplement et confortablement. Quelques mois de causeries et d'excursions avaient formé leur union, réfléchie quoique bien hâtée au gré du public.
Lucien, cependant, ne cachait pas la sympathie fort mitigée qu'il portait aux revendications féministes.
On eût juré que Lucien obéissait à des instincts de contradiction et de tracasserie. Il commença d'ouvrir la correspondance de sa femme, dont elle prit flamme.
Décacheter mes lettres ! Alors que vous n'êtes pas même médecin ! Voilà un procédé inqualifiable ! Je compte bien qu'il est exceptionnel et que vous n'allez pas y persévérer...
Vous comptez mal et vous le constaterez bientôt... Un mari peut savoir ce que l'on écrit à sa femme, même si celle-ci est médecin, même si lui ne l'est pas... Malheureux les ménages où le tutoiement disparaît, où l'on se met à se voussoyer...
Lucien s'acharna et Alice ne prétendit pas s'incliner. Ils plaidèrent. Alice réclamait le divorce; le tribunal le lui accorda. Il jugea que la femme-médecin a droit au respect de sa personnalité; que nul, fût-ce le mari, ne peut violer le domaine exclusivement médical. Et ce jugement ressortit à l'évolution féministe.
Il s'y mêle aussi un élément d'essence juridique: celui du secret professionnel. Mme Dubois a gagné son procès non point parce que son époux usait envers elle de façons grossières, mais parce qu'il voulait espionner des régions où il n'avait rien à voir.
La reconnaissance du droit est tombée d'accord avec l'horreur de la goujaterie.
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